La vie de Noureev est un roman, il était donc légitime d'en faire un film. L'existence de la première rock star du monde de la danse a sans aucun doute basculé ce jour de juin 1961 à Paris quand il a choisi de quitter définitivement l'URSS. Cet épisode marquant est l'acmé du film de Ralph Fiennes qui ne le rate pas, lui donnant une allure de thriller dans le contexte de la guerre froide. Mais ce n'est hélas que le temps de quelques scènes dans un long-métrage bien ambitieux mais qui ne fait qu'effleurer la personnalité de la future icône, dans un récit sage d'où la fièvre est globalement absente. Arrogant, rustre, égocentrique, Noureev était déterminé à devenir une légende en tutoyant la perfection. En scindant son film en trois époques avec des va-et-vient incessants, Fiennes noie son sujet et l'alourdit, les scènes d'enfance, par exemple, ne méritant pas qu'on s'y attarde, un simple flashback aurait largement suffi. L'interprétation d'Oleg Ivenko manque un peu de relief, malgré des efforts réels, sachant que ses prestations sur scène sont elles remarquables, donnant sans conteste les meilleurs scènes du film. Si le casting russe est plutôt réussi, y compris Ralph Fiennes dans le rôle du mentor de l'étoile russe, il est difficile d'en dire autant des français, terriblement pâles à l'image d'une Adèle Exarchopoulos qu'on a rarement vue aussi éteinte. Ni véritable suspense géopolitique ni évocation profonde de Noureev, le film n'a pas le souffle nécessaire pour être autre chose qu'un honnête divertissement, heureusement illuminé par quelques éclats dansés.