Richard Linklater a trouvé le bon tempo à son film. Un rythme juste, presque musical, qui ouvre la voie à un son nouveau, alternatif, libre, un morceau de jazz qui swingue et bouleverse le silence feutré des salles obscures.
Dans ce mouvement plutôt révolutionnaire apparaît un drôle de type à lunettes, cigarette au bec, accompagné de sa joyeuse bande d’amis nommée : Suzanne Schiffman (Jodie Ruth-Forest), François Truffaut (Adrien Rouyard), Claude Chabrol (Antoine Besson), Éric Rohmer (Côme Thieulin), et Jacques Rivette (Jonar Marmy).
Toute une constellation de regards nouveaux, des rêveurs iconoclastes, amoureux du plan volé et du montage insolent, avec le plus terrible d’entre eux : Jean-Luc Godard (Guillaume Marbeck). De jeunes cinéastes, pour la plupart qui n’ont pas l’intention de respecter les règles, et encore moins de les aimer, car leurs désirs sont ailleurs. Rêver le cinéma dans sa réalité brute, saisir la vie à la volée. Filmer l’amour, l’errance, l’oisiveté existentielle, poétique et rebelle, qui court après le temps, comme Michel Poiccard, dans À bout de souffle. Caméra à l’épaule, silhouettes errantes dans Paris, ils inventent une autre manière de raconter. Ainsi naît un bouleversement, discret mais radical.
C’est précisément cet esprit que Linklater parvient à capter avec succès avec Nouvelle Vague. Plus qu’un simple hommage, le film s’attache à restituer une énergie, une façon d’être au monde et au cinéma.
Nous sommes alors en 1959, à l’aube d’un basculement. Godard, ancien critique aux Cahiers du cinéma, affirme que la meilleure critique reste encore de faire des films. Avec peu d’argent, beaucoup d’idées et une foi presque insolente. Ainsi il se lance dans le tournage de À bout de souffle.
Le film de Linklater en explore les coulisses, non pas comme une leçon d’histoire figée, mais plutôt comme un moment vivant, triste, fragile, comique, en perpétuel mouvement.
Ainsi, la force du film réside avant tout dans sa mise en scène, imprégnée de l’esthétique et de la liberté de la Nouvelle Vague. Le réalisateur privilégie de jeunes acteurs, souvent non professionnels, dont les visages semblent appartenir naturellement à cette époque. Ils ne jouent pas tant des rôles qu’ils n’habitent une attitude, une nonchalance, une manière d’exister entre deux cafés, deux discussions, deux idées de cinéma.
Avec une Zoey Deutch, étonnamment convaincante dans ce rôle de Jean Seberg, tandis que Guillaume Marbeck prête à Jean-Luc Godard une présence à la fois agaçante et brillante.
Les dialogues occupent une place centrale, nourris de citations, de discussions passionnées, de phrases lancées telles des manifestes improvisés. Sans oublier Roberto Rossellini (Laurent Mothe), leur maître à penser. Un père bienveillant, qui parle à cette jeunesse avec une croyance presque naïve, que le cinéma peut tout réinventer.
Richard Linklater filme moins un tournage qu’un état d’esprit : celui d’une génération qui refuse l’héritage traditionnel, qui préfère l’erreur à la répétition, l’élan à la maîtrise.
Le résultat donne un film réussi, profondément cinéphile, sans exclure le spectateur, pour ce qu’il fut et ce qu’il peut encore être, tout en restant suffisamment léger et vivant, pour ne pas se transformer en objet muséal.
Juste un regret : le choix de Aubry Dullin pour incarner Jean-Paul Belmondo, qui peine parfois à retrouver cette insolence animale. Ce mélange unique de désinvolture et de danger qui faisait de Bebel toute la singularité de l’acteur.
Malgré ce petit bémol, Nouvelle Vague s’inscrit comme une œuvre sincère, presque affectueuse dans le parcours récent de Richard Linklater.
Un film qui regarde le passé en noir et blanc, non pas pour s’y réfugier, mais pour y retrouver une forme de liberté perdue. Se laisser emporter et regarder ce film nous murmure que le cinéma de cette époque était peut-être une affaire de jeunesse, d’audace, de désir. Un style nouveau, sans permission, signé la Nouvelle Vague.