Nuages Flottants, superbe description de sentiments qui se balancent entre souvenirs, rêves et réalité. Un homme et une femme qui s’unissent et se désunissent au gré de leurs rencontres dans le contexte gris et morne de l’après-guerre. Des projets d’avenir qui se résument à trouver de quoi survivre dans une ville qui semble engloutir les espoirs. Seule la mémoire d’un temps idyllique dans un paradis loin de la guerre hante les esprits. Nous suivons ainsi des bribes du quotidien de Tomioka et de Yukiko, de leurs retrouvailles à leurs séparations, et à travers leurs choix de vie. Lui qui voulait réussir et changer de vie, usant de son charme à tout va et de son sarcasme comme arme. Elle qui ne voulait que retrouver son phantasme édenien qui s’évapore peu à peu à la merci des contraintes. Un amour qui se rate dans un monde qui nous fait toujours revenir à la dure réalité.


Nuages Flottants revient sur une période sombre qui ne laisse pas beaucoup de place à l’optimisme. Les rares moments agréables du couple sont obscurcis par un cynisme fataliste. Mikio Naruse nous fait le portrait d’une société qui tombe sous le poids de la défaite, où les hommes se cherchent pour se reconstruire et où les femmes se livrent à ceux qui subviennent à leurs besoins. Chacun essayant de survivre à sa manière. Et pour bien enfoncer le clou, le cinéaste nous assène une fin déchirante, sous une pluie battante et un pessimisme amer. Dans la forme, Nuages Flottants nous est conté de manière sublime. Des souvenirs lumineux d’Indochine, on passe à un Tokyo grisâtre puis à une île embrumée et humide. Les personnages portent leur condition dans leur chair. Tomioka qui avait l’air propre sur lui au début du film se perd dans ses projets ratés et se courbe sous son manteau, alors que Yukiko presque à la rue à son arrivée à Tokyo retrouve sa pimpance grâce à un vil amant. Pourtant, les deux protagonistes se retrouvent à chaque fois avec un tel naturel, comme s’ils se connaissaient et s’acceptaient malgré tout, même si les peurs et les doutes subsistent dans leurs regards. Au final, les amours enfin retrouvés ne résisteront pas à la réalité. Naruse nous avait pourtant prévenu, à travers l’atmosphère générale dans laquelle baigne son film, qu’il n’y aurait pas de fin heureuse.


Nuages Flottants porte merveilleusement son titre onirique même s’il nous plonge dans un réalisme décoloré. Un film magnifique et mélancolique avec une sensibilité subtile et touchante.

Lilange
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le 13 juil. 2020

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