La question du nucléaire est plus que jamais dans l’actualité, que ce soit dans la guerre entre Russie et Ukraine (les Russes s’étant emparés de la centrale de Zaporijjia et ayant visé celle de Tchernobyl par des frappes) ou encore entre Américains, Israéliens contre Iraniens autour du détroit d’Ormuz. Ce documentaire de 1h30 nous fait pénétrer (si tant est que ce soit possible) dans les arcanes de l’entreprise Rosatom, l’agence russe de l’énergie atomique devenue leader mondial dans le domaine de la construction de centrales et de l’uranium enrichi, de très bon marché. En réalité, derrière cette entreprise, c’est bien le Kremlin qui est aux commandes et Poutine s’en sert pour accroître l’influence mondiale de la Russie dans le monde. Son poids est si dominant qu’un des intervenants explique : « De nos jours, l’industrie mondiale ne peut se passer de Rosatom. » (Teva Meyer, spécialiste des industries nucléaires et professeur à l’université de Haute-Alsace). Une enquête complexe car les enjeux s’imbriquent, commerciaux, financiers mais aussi géopolitiques, stratégiques et environnementaux (gestion des barres d’uranium appauvri…). Même la France à travers Framatome, reste liée à la Russie puisqu’elle continue de le lui acheter de l’uranium pour alimenter ses centrales nucléaires.
Le problème n’est pas que civil car on considère que sur les 400 000 employé(e)s de Rosatom, 90 000 appartiendraient au complexe militaire russe…Le nucléaire est donc plus que jamais une arme politique et géostratégique : la Russie a réussi à construire la grande centrale d’Akkuyu, dans le sud de la Turquie, qui lui permet d’avoir un accès privilégié à la mer Méditerranée, sans que Ankara ait eu à débourser un Euro. La Russie propose en effet à des pays plus pauvres des « centrales clés en main » qui restent sa propriété et dont une partie de l’électricité produite doit lui revenir. En plus, elle se charge elle-même de la gestion de l’uranium appauvri, ce qu’aucune puissance ne fait (ni les États-Unis, ni la France). Que se passerait-il alors en cas de conflit entre la Russie et l’OTAN dont la Turquie fait partie? (Pas un scénario complètement improbable malheureusement). Attention, le sujet n’est pas simple, rendu encore plus opaque par la réticence (voire le refus) de nombreuses personnes à l’intérieur du système Rosatom de témoigner. Seuls des opposants à Poutine ou des anciens responsables (parfois très anciens) de la filière témoignent, sans qu’on puisse être sûr de ce qu’ils avancent. J’ai aussi moins aimé la présentation par les journalistes à l’origine de cette enquête, se mettant tout du long en scène face à des écrans tactiles, ils touchent une image, les font défiler, croisant les bras quand ils écoutent une interview…Cette mise en scène n’était pas franchement nécessaire.