Par-delà le film de heist cool entre potes, à mon avis tout aussi appréciable au premier degré que son prédécesseur - notamment pour sa dynamique chorale au casting impeccable, magnifiée par la musique de David Holmes et autres emprunts de choix comme le merveilleux "Crepuscolo sul mare" de Piero Umiliani pendant la partie italienne -, cette suite mal-aimée a tout de l'objet conceptuel sur l'incommunicabilité des sentiments, ce qui en fait probablement l'oeuvre la plus équilibrée de Soderbergh. Assez mal compris à sa sortie, "Ocean's Twelve" traite son intrigue avec une désinvolture assumée - mais non sans élégance - pour mieux se focaliser sur le besoin frustré de connexion de presque tous ses personnages, qu'il s'agisse de la relation ravivée par la fatalité et d'emblée compromise entre Brad Pitt le criminel sympa et la rigide Catherine Zeta-Jones chargée de l'arrêter, de celle que cette dernière a perdue avec un père que le récit - non sans un coup de pouce du gang - va replacer sur son chemin, du couple George Clooney/Julia Roberts bien sûr quoiqu'ici plus discret ou même simplement de ces nombreux échanges au sein du groupe - j'ai notamment souvenir d'une scène assez hilarante où Clooney et Matt Damon, après 5 minutes de discussion à coeur ouvert, finissent par se rendre compte qu'ils ne parlaient pas de la même chose. Derrière son apparence de légèreté et de décontraction, ses caméos jouant la carte de la mise en abyme (Bruce Willis dans son propre rôle et Julia Roberts se faisant passer pour... elle-même, il fallait oser) et le tricotage équilibriste avec les clichés (Vincent Cassel en voleur acrobate arrogant), le film charrie entre les plans énormément de mélancolie, et aussi beaucoup de douceur lorsque ces rapports permettent finalement à chacun de retrouver un semblant de sens et de sérénité au milieu du chaos de l'existence. Le film le plus Antonioni-esque de son auteur ?