Oublions les contrées verdoyantes de l'Irlande, ses grands espaces et son folklore. Oddity est tellement centré sur un seul lieu qu'on pourrait presque penser à un huit clos. Hormis quelques scènes de courtes durées, dont des flash-back, l'histoire se concentre sur une vielle bâtisse en cours de rénovation par Dani, la victime principale. Sa mort ne se fait pas attendre, bien qu'elle ne soit pas montrée. Car le film s'amuse déjà à jouer avec nos nerfs. A qui doit-on faire confiance ? Est-ce que tout est réel ? Une seule chose est évidente, le paranormale à un rôle à jouer. Mais est-ce vraiment au spectateur d'avoir peur ?
La réponse viendra en suivi Darcy, la sœur jumelle de la victime. Une médium psychique, aveugle de surcroît, qui ne croit pas en l'explication de la mort de Dani. Un an après le tragique événement, elle passe une soirée dans cette même maison, en compagnie de la nouvelle "copine" du beau-frère Ted. En réalité, le film est plus proche de l'enquête que de l'horreur. L'objectif est de comprendre ce qu'il s'est vraiment passé, car trop d'éléments semblent incohérents pour la jeune médium. Le scénario évite tout de même cette pirouette scénaristique bien connue des héros jumeaux qui sont donc connectés. Ça fait partie du film, mais sans en abuser. En-tout-cas, pas de la manière à laquelle j'aurais pu m'attendre.
Ce film est tout bonnement une excellente surprise ! Il réussit là où bon nombre d'autres films d'horreurs échouent. Il me tient du début à la fin, sans pouvoir détourner le regard, car à tout moment, on s'attend à apercevoir une menace à certains points précis du cadre. Notre regard cherche toujours le détail qui va nous alerter, à l'instar du personnage suivi, que ce soit dans le coin d'une pièce ou au passage d'une porte. L'utilisation de lampe torche à l'intérieur de la maison porte notre regard dans ces directions. Et plus la mise en scène donne l'impression qu'il faut chercher loin, plus la surprise peut-être efficace. Ici, le meilleur exemple serait l'homme au masque juste devant la tente. Son apparition n'a rien de brutale, bien au contraire. Elle est lente et proche, ce qui provoque une peur soudaine très intense. Le sens du timing est parfait. Alors que trop souvent, le deuxième acte permet d'identifier les menaces plus clairement, voir même les dévoile en totalité, la peur disparaît à partir de ces révélations. Ici, non, la peur reste présente, mais elle change simplement de camp. Car à la fin, ce n'est plus à notre héroïne Darcy d'avoir peur, mais bien à son bourreau.
Est-ce qu'il n'y a pas en réalité la volonté de parler de féminicide dans ce film ? La victime principale est une femme, dont le meurtre est commandité par son mari qui pense que son action revient à rendre service à son épouse (faut se mettre à la place de son esprit tordu évidemment), mais la peur à la conclusion du récit ne se dirige plus vers l'héroïne et le spectateur, mais bien vers le tueur. Dans la vie réelle, on entend souvent que ce n'est pas aux victimes d'avoir peur, mais bien les agresseurs. En-tout-cas, c'est mon interprétation personnelle.
Une histoire qui donc se termine par une vengeance des deux victimes ! Voilà la conclusion paranormale. "Nous sommes connectées". On ne pourra pas dire qu'on n'était pas au courant lorsque la médium prononce ces mots. Elle n'est pas connectée au pantin, mais à l'âme de sa sœur qui a pris possession du pantin de bois (elle est là, la pirouette scénaristique). D'où les différents items que l'on retrouve dans la tête avec des trous qui me font penser à une boule de bowling. Mais aussi, ça explique les changements de position du pantin sur certains plans. Et pour ce qui est des quelques apparitions du fantôme de Dani, elle ordonne à la nouvelle occupante de la maison de partir en courant, car à sa manière, elle la protège. Ici encore, ce n'est pas à la (potentielle) victime d'avoir peur.
Tous ces éléments se font attendre, peu de choses sont montrées, notre imaginaire et notre psychologie sont questionnés de la meilleure des manières, notamment, je le répète, sur la confiance. Faut-il faire confiance à ses proches ou à inconnu en pleine nuit avec un regard défaillant qui nous alerte ? Tout fait sens, à un rythme parfaitement maîtrise, jusqu'au plan final.