Mi- roman, Mi- développement personnel, voilà comment on m'a vendu ce livre. Dans la même veine que Kilomètre Zéro, cette fois-ci nous partons en Thaïlande suivre Malo vivre la fin prématurée de sa vie tout en gérant une entreprise de logiciel informatique elle-même rempli d'épreuves. Déjà, nous retrouvons des similitudes entre ces deux livres : un personnage trentenaire, bourreau de travail atteint d'une maladie grave/incurable. C'est un peu facile, mais pourquoi pas.
Mon ressenti sur Respire est très mitigé. Tandis que certains passages vont être émouvant et amené une certaine réflexion qui peut m'atteindre, d'autres sont parfaitement clichés. Il existe malheureusement une énorme inégalité entre les chapitres dans l'écriture. Comme s'il fallait impérativement écrire pour remplir les pages. Le meilleur exemple serait le chapitre qui vient nous expliquer que les réseaux sociaux nous font adopter des comportements illogiques et peu naturel comparé à une simple relation humaine et sociale. Certes, les réseaux sociaux ont une influence énorme dans nos vies, mais est-ce qu'on avait besoin de ces quelques pages pour nous expliquer qu'il faut savoir déconnecter ? Clairement, non. Et cette façon d'écrire se retrouve à différents moments au point de me donner l'impression d'écouter une mauvaise vidéo d'influenceur sur Internet (heureusement sans les codes promo).
Avec ce genre de lecture, la subjectivité de chacun est, à mon sens, mise à plus rude épreuve. Si certains passages m'ont parfaitement ennuyé, je sais pertinemment que pour d'autres, ils pourraient être un bon moyen de s'ouvrir à une nouvelle réflexion. C'est la faille du roman de développement personnel, car la vie du lecteur influence sa réception de l'œuvre. Mais, si j'essaye d'apporter un regard objectif, le sentimentalisme à outrance et les trop grandes facilités d'écritures desservent le récit. Celui-ci aurait gagné à rester sur un terrain plus sombre pour garder une meilleure continuité. Le besoin qu'a l'autrice d'amener de la positivité à tout prix est ennuyeux et cliché. Pourtant, ses deux personnages principaux ne le sont pas !
Malo, le héros, et Phueng, la femme de ménage, qu'il rencontre et le guide dans ce qui devrait être son parcours final avant la mort, ont une très belle relation. Cette vieille femme est la personnalité forte de ce livre, c'est elle qui vient toucher le lecteur au travers des instants passés avec les différents protagonistes. Mais ce besoin de tous les connecter à elle-même est trop forcé. Cela se termine en drame familial dans lequel tout se termine bien dans le meilleur des mondes, malgré de réelles épreuves qui sont touchantes. Voilà pourquoi je parle d'une positivité abusive. J'apprécie les différents discours sur l'acceptation de son destin (pour peu qu'on y croit) et sur la reconstruction individuelle après de fortes épreuves. Mais les moralités de ces réflexions sont désamorcées.
C'est un livre qui se lit pourtant très bien, dans lequel j'ai été rapidement embarqué. Il a réussi à m'atteindre, presque aux larmes pour être tout à fait honnête. Chacun pourrait se reconnaître dans différents passages, y compris au travers des personnages secondaires, ce qui est l'une des grandes qualités du roman. Que ça soit dans sa vision du travail, de la vie amoureuse, de l'amitié ou encore de la famille. Comme je le disais plus haut, cela dépend de la vie du lecteur et c'est cela qui déterminera sa perception de l'histoire.
Je m'en veux presque d'avoir ce ressenti en demi-teinte. Si "Écrire est une respiration" (Julien Green), alors attention de ne pas s'essouffler trop rapidement.