Je suis un peu mitigé sur ce film français que je découvre des années après sa sortie. La qualité du film est belle, l’ambiance et l’atmosphère sont parfaites, les acteurs sont bons, les musiques d’ambiance et les bruitages sont très bien dosés, la photographie est magnifique et l’ambiguïté entre le rêve et la réalité est également très bien gérée, sans compter l’ogre qui est super bien fait et assez flippant ! Le film est plutôt lent, à la manière d’un conte.
Mais je ne sais pas… il me manque un truc. J’ai aimé le style de l’ogre et je pense qu’ils auraient pu faire un vrai conte horrifique bien flippant, surtout avec ce sujet. Au lieu de ça, nous sommes plutôt dans la métaphore, du coup on ne voit pas beaucoup l’ogre. Tout était là pour faire quelque chose de vraiment terrifiant.
Attention spoilers :
Si au final l’ogre est juste le reflet de ses angoisses et non une réalité, pourquoi le père de l’enfant décédé est-il persuadé qu’il y a quelque chose qui dévore les enfants ? Et le médecin, pourquoi est-il aussi bizarre, comme si c’était vraiment un monstre du début à la fin ? Et pourquoi retrouve-t-on des plumes d’oiseau dans la chambre du petit alors que ce n’est censé ne pas être réel ? L’ogre mange les oiseaux et pourtant il y a des plumes… personne n’aurait pu les mettre là.
Toutes ces questions sans réponse peuvent être assez frustrantes. Le film est censé être métaphorique, mais il y a quand même des éléments réels, donc je ne sais pas. Soit tu fais un film métaphorique, soit un film réaliste, mais tu ne peux pas faire un film métaphorique en incluant des éléments réels sans aucune explication… c’est assez curieux.
Je pense que le film veut créer une ambiguïté à la manière des vieux contes : dans les contes, les monstres représentent souvent des traumatismes réels, MAIS ils existent aussi symboliquement dans le monde du récit. Le problème, c’est qu’ici le film ne donne jamais assez d’éléments pour que cette ambiguïté soit satisfaisante. On reste dans un entre-deux permanent.
Les plumes, par exemple, sont clairement faites pour semer le doute : si l’ogre n’existe pas, comment expliquer une trace physique liée à lui ? Même chose avec le médecin qui agit presque comme quelqu’un qui “sait”. On dirait parfois qu’il cache quelque chose ou qu’il comprend le phénomène. Et le père endeuillé donne l’impression qu’il a réellement vu ou vécu quelque chose d’inexplicable.
Donc au final :
soit le film assume un surnaturel discret,
soit il veut juste matérialiser les peurs du personnage,
soit il mélange volontairement les deux.
À part ça, j’ai aimé la proposition, même si j’aurais préféré un vrai conte horrifique.