Okja, c'est le nom d'un super-porcelet génétiquement modifié confié à une famille de paysans coréens, chargés de l'élever pendant 10 ans, avant que la multinationale responsable de sa création le récupère pour en faire du super-jambon. Au premier abord surprenant, voire déroutant, vous y verrez finalement un film magnifique, à la mise en scène brillante et au scénario finement ciselé. En bref, la véritable palme d'or du dernier festival de Cannes.
Entre le conte à la Miyazaki et la dystopie à la Terry Gilliam, Okja serait plutôt un dessin-animé pour grandes personnes, une fable écologiste et animaliste à regarder avec son esprit désabusé d'adulte, mais ses yeux et son âme d'enfant. Okja nous transporte, deux heures durant, des forêts verdoyantes de Corée du Sud au tumulte de New-York, et surtout du rire aux larmes.
Le prodige du film justement est de partir d'un scénario fantastique pour mieux mettre à nu la triste réalité, bien concrète elle, de notre modèle de société. Alors certes, le message écologiste et anticapitaliste est fortement appuyé, certains diront trop, mais le film ne se veut jamais moralisateur. Si la société Mirando fait de manière évidente écho à Monsanto et l'AFL aux association de défense des droits des animaux comme L214, la pudeur et la poésie du film le rendent finalement bien plus humaniste que politique.
Okja est effrayant de réalisme et en même temps, exaltant d'idéalisme et d'optimisme. Okja nous rappelle, s'il le fallait, les contradictions et la vanité de notre monde et que le monstre, en réalité, n'est pas forcément celui qu'on croit. Okja est un cri, comme celui de la jeune Mija, un appel au secours, une prise de conscience qu'il ne s’agit plus que de sauver ce qui peut l’être : c'est-à-dire quasiment rien... ou pratiquement tout.
Merci Bong Joon-ho et merci Netflix.
Un petit écran, mais du très grand cinéma.