Okja est un très beau film, qui cherche à partager un beau message à travers une belle histoire illustrée de belles images. Mais partir d'un bon sentiment ne suffit pas à faire un véritable bon film.
Ce n'est pas la première fois que l'on se retrouve en face d'une oeuvre qui dénonce les pratiques cruelles de l'industrie de la viande, et les "mensonges blancs" des corporations qui embellissent la réalité pour entretenir le marché. C'est un message que l'on nous rabâche depuis des décennies, mais c'est un message qui vaut la peine d'être répété, ce n'est pas là que réside le problème d'Okja.
De mon point de vue, le film se casse la figure dans son écriture bancale et grossière.
Tous les personnages sont caricaturaux et presque tous immédiatement catégorisés. Il y a les super-gentils et les super-méchants, voire les super-très-méchants vers la fin, dont les convictions se réduisent à "j'aime les animaux" contre "j'aime l'argent", sans jamais être creusées plus profondément. Le manichéisme très basique couplé aux dialogues de dessins animés pour enfants retire toute crédibilité au film qui cherche pourtant à se prendre très au sérieux.
On notera la présence de quelques personnages à la moralité ambiguë comme K, ou encore Johnny dans une certaine mesure, qui sont finalement traités de manière aussi superficielle que les autres, et finissent catégorisés eux-aussi. Les querelles intestines dans le camp des super-méchants (Lucy VS Nancy) ne sont là que pour distinguer la partie marketing de la partie abattoir de l'industrie, et n'apportent finalement rien au récit ni ne se concluent.
Les problèmes d'écriture ne s'arrêtent malheureusement pas qu'aux personnages-pancartes, le film est bourré d'incohérences. Comment Mija parvient-elle à progresser aussi facilement dans les bâtiments de Mirando ? Que comptait faire l'ALF pour "arrêter la mission" si K n'avait pas menti ? Comment Mirando ne s'est pas rendu compte de la fausse boîte noire ? Pourquoi inséminer Okja si c'est pour l'abattre par la suite, et pourquoi ce n'est plus jamais mentionné ?
Les tentatives d'humour sont assez inégales, certaines sont basses et infantiles, d'autres sont plus élégantes sans pour autant être subtiles (on pense notamment au conducteur de camion blasé).
Pour finir quelle est la morale qu'on doit retenir ? Nancy a-t-elle raison en disant que l'image d'un produit n'a pas d'importance tellement le consommateur est irresponsable ? Doit-on retenir qu'il est futile de dénoncer ces pratiques étant donné l'échec cuisant de l'ALF ? Est-on en face d'une fin heureuse puisque l’héroïne et son familier s'en sortent, et que les autres bêtes ne sont finalement pas importantes ? Le dénouement présente des perspectives cyniques qui semblent rentrer en contradiction avec le message initial.
Un film qui avait l'air sympathique sur les bandes annonces, mais finalement médiocre, qui selon moi aurait gagné à embrasser ce qu'il est, un film pour enfant qui ne se prend pas au sérieux, malgré son parti pris politique. Okja ne semble tenir son succès que de sa beauté superficielle dans son histoire et son message. Finalement, Nancy avait tort, c'est l'image du produit qui fait tout.