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le 22 mai 2017
SuivreLa belle et les bêtes
Okja est un conte : à partir du moment où l’on accepte ce présupposé, on peut être en mesure de l’apprécier. Après une ouverture assez ébouriffante calquée sur un clip marketing adepte du Green...
Avec Okja, Bong Joon-ho livre une œuvre qui ressemble par moments à un anime de Hayao Miyazaki transposé en prise de vue réelle. On y retrouve ce mélange de merveilleux, de lien profond entre l'humain et la nature, et cette capacité à faire cohabiter l'émerveillement avec des thèmes beaucoup plus sombres. Pourtant, le film reste profondément marqué par la personnalité de Bong Joon-ho : un cinéaste dont aucun film ne ressemble véritablement au précédent. Après chaque visionnage de son œuvre, on a l'impression de découvrir une nouvelle facette de son imagination.
Le casting est d'une justesse remarquable. Tilda Swinton est absolument fascinante. À la fois ridicule, inquiétante, excentrique et terriblement crédible, elle compose un personnage qui incarne parfaitement les contradictions du capitalisme moderne : un visage souriant cachant une machine impitoyable. Face à elle, la jeune Ahn Seo-hyun porte le film avec une sincérité impressionnante. Son investissement émotionnel rend chaque scène crédible et transforme la quête de Mija en quelque chose d'universel.
Le design d'Okja est également une réussite. La créature possède une apparence immédiatement attachante sans jamais tomber dans le simple copier-coller d'un animal existant. Chaque détail semble pensé pour susciter l'empathie du spectateur. Très vite, Okja cesse d'être un monstre de fiction pour devenir un véritable personnage, avec sa sensibilité, sa personnalité et ses émotions.
Mais ce qui fait la force du film dépasse largement son aspect visuel. Okja est une fable moderne qui dénonce de nombreuses réalités de notre monde : l'industrialisation de l'alimentation, le marketing trompeur des grandes entreprises, la marchandisation du vivant et notre capacité à détourner le regard lorsque la souffrance se déroule hors de notre champ de vision. Derrière son apparence de conte familial se cache une critique extrêmement acérée de notre société de consommation.
Le film porte également une réflexion philosophique intéressante sur la valeur que nous accordons à la vie. Pourquoi certains animaux sont-ils considérés comme des compagnons tandis que d'autres deviennent des produits ? Bong Joon-ho ne donne jamais de réponse simple, mais pousse le spectateur à s'interroger sur les contradictions morales que nous acceptons quotidiennement. La relation entre Mija et Okja devient alors le symbole d'une vérité dérangeante : l'affection que nous portons à un être vivant dépend souvent davantage de notre proximité émotionnelle que de principes universels.
Cette dimension philosophique est renforcée par le contraste permanent entre la beauté et la cruauté. Le film est visuellement magnifique : les montagnes coréennes, les moments de complicité entre Mija et Okja, les instants de liberté dans la nature possèdent une poésie presque enfantine. Pourtant, cette beauté est constamment menacée par un monde brutal, froid et industriel. Certaines séquences, notamment dans les installations de la société Mirando, sont particulièrement dures et rappellent que derrière les façades colorées et les discours bienveillants se cachent parfois des réalités terrifiantes.
C'est précisément cette coexistence du merveilleux et de l'horreur qui rend Okja si marquant. On passe du rire à l'émotion, de l'émerveillement au malaise, sans jamais avoir l'impression que le film perd son équilibre. Peu d'œuvres parviennent à être aussi touchantes tout en conservant une telle puissance critique.
Au final, Okja est pour moi un véritable classique moderne. Un film beau, intelligent, émouvant et profondément humain qui mérite toute notre attention. Derrière son apparence de conte fantastique se cache une œuvre riche en symboles et en réflexions, capable de nous divertir tout en nous confrontant à des questions morales inconfortables. Une nouvelle claque signée Bong Joon-ho, et la preuve supplémentaire qu'il est l'un des réalisateurs les plus singuliers de sa génération.
Créée
le 7 juin 2026
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