Sur une plage, des vacanciers s'aperçoivent que le temps s'écoule différemment.
Le retour de Shyamalan ?
Pour être direct, Shyamalan est un cinéaste inégal très difficile à jauger. Parfois génial, parfois banal, on peut au moins lui concéder cette maitrise d’immiscer le surnaturel/fantastique dans le réel d’une manière si harmonieuse qu’elle en paraît plausible. C’était notamment le cas d’Unbreakable qui faisait de son protagoniste un super-héros sans céder aux caractérisations éculés du genre.
Concernant le projet intrigant de Old, la question est de savoir si le cinéaste nous propose une déconfiture comme After Earth et la Jeune fille de l’eau ou si nous retouchons à la quintessence de son art à l’instar de Sixième Sens et The Village.
Mêler le réel et le fantastique
L’intrigue pose les conditions de son univers comme pourrait le faire n’importe quelle autre œuvre qui marie à la fois le thriller, l’épouvante-horreur et le fantastique : une famille part en vacances, souriante et joyeuse, vers un p’tit bout de paradis. C’est la légèreté habituelle de l’épouvante qui envoie tous les signaux inquiétants des conflits à venir. Puis par le prisme de cette plage paradisiaque, Shyamalan ne tarde pas à dépeindre avec virtuosité l’aura mystérieuse qui l’englobe. Malgré sa douceur, derrière son aspect chaleureux, la plage trace une barrière indiscernable pour devenir un lieu clos qui enferme les vacanciers dans un véritable cauchemar.
Le mélange entre la réalité et la fiction fait son œuvre pour permettre aux esprits des personnages comme aux nôtres de subir une manipulation par l’incompréhension des circonstances de l’intrigue. Et c’est une véritable prouesse de présenter un fantastique si épuré, si proche du réel, pour que les deux dimensions se côtoient intimement. Une caractéristique propre à la filmographie de Shyamalan, faisant ainsi de Old une œuvre bipolaire.
Le temps : l’ennemi universel
Notre rapport existentiel avec le temps se fait ici en quelques heures. A l’adolescence on souhaite grandir rapidement, une fois adulte on prend lentement conscience que le sablier se vide de plus en plus. L’esprit est habituellement préparé à vivre ces émotions avec douceur, mais sur cette plage les étapes de l’existence s’imposent et se succèdent brutalement : l’innocence de la jeunesse, la crise de l’adolescence, l’acquis de la maturité, l’obtention de la sagesse, les ravages de la vieillesse.
C’est une vraie maitrise de transposer à l’écran en si peu de temps toutes les caractéristiques des différentes tranches d’âge. Mais davantage qu’un traumatisme de l’esprit, l’essentiel de cette intrigue se déploie par une écriture très visuelle car l’image prend en charge cette progression étrange du temps qui passe. Sans qu’on sache à qui attribuer le phénomène, la confusion intervient dès la première transformation chez les enfants, et elle mutera en un sentiment de peur à mesure que la folie s’emparera des adultes.
On retrouve certes ici le labyrinthe narratif de Shyamalan, mais la construction de son huis-clos atypique, déjà très fragile, se brisera intégralement à l’instant tant attendu du twist. C’est presque devenu une habitude d’apprécier l’énigmatique narration du cinéaste davantage que la résolution finale de l’intrigue. Celle-ci est en réalité intéressante mais terriblement désaccordée avec le reste.
Conclusion :
Difficile de situer Old dans la filmographie de Shyamalan. Moins catastrophique que After Earth ou la Jeune fille de l’eau, son schéma narratif imite timidement celui de ses meilleures œuvres mais l’insuccès de son twist le fait rapidement redescendre en estime. On se demande où est passé l'orfèvre de Unbreakable, The Sixth Sense, The Village.
Quelqu’un connait-il un film avec Jack Nicholson et Marlon Brando !?