L'élève Olivia intègre le très classieux pensionnat de jeunes filles bien nées dirigées par l'élégante Madame Julie.
Jacqueline Audry a le mérite d'aborder des sujets tabous de son temps, en l'occurrence les relations saphiques, mais qu'est-ce qu'elle le fait mal ! "C'est, en fait, la "Qualité française" au féminin : adaptation et mise en scène médiocres, personnages archi faux, mais du clinquant, avec ce décor Belle Epoque qui confine au baroque, des costumes et des accessoires filmés avec une ostentation qui provoque l'indigestion. On dirait du mauvais Claude Autant-Lara.
La réalisatrice, dans son unique et riche décor du pensionnat, filme un univers de petite fille. C'est chichiteux, c'est affecté et c'est rempli de jeunes filles qui incarnent non pas tant les moeurs de la Belle Epoque que la mièvrerie du cinéma français de 1951 quand il prétend représenter l'éducation bourgeoise et la condition des filles.
Les comédiennes sont toutes mauvaises -et celle qui interprète la jeune Olivia est horripilante avec ses minauderies affligées; Simone Simon et Edwige Feuillère sont dans le maniérisme et la langueur. On ne peut pas leur en vouloir : elles sont maintenues dans le poncif et le romantisme suranné. Et, parce que Jacqueline Audry ne peut et ne veut exprimer l'homosexualité frontalement, pas plus par les mots que par la sensualité, son film est insignifiant. Il ne reproduit que la pudibonderie et la niaiserie supposées des filles de bonne famille, leurs bavardages et leurs petites médisances, leurs jalousies. Il ne passe, à travers elles, pas la moindre vérité, pas la moindre émotion née d'un sentiment amoureux ou d'un désir. Il y a plus de sensualité et d'espièglerie dans une demi-page des Claudine que dans cette insupportable représentation de gamineries.