Très inspiré du classique de la Shaw Brothers Le Justicier de Shanghai (Boxer From Shantung), Once Upon a Time in Shanghai a dès les premiers teasers plutôt intrigué. Hommage vibrant à la Shaw, esthétique poussée, le nouveau film de Wong Ching-Po était tout de même à prendre avec des pincettes tant chacune de ses productions nous laisse une impression un peu mitigée, avec des idées toujours un peu bancales, malgré un talent indéniable derrière la caméra. Et avec un Wong Jing toujours aussi omniprésent à la production, on peut s’attendre au pire ! Mais rapidement, le doute s’efface, et même si bien loin du chef d’œuvre, Once Upon a Time in Shanghai possède bien des atouts pour constituer un très honnête divertissement.

Wong Ching-Po a su très bien s’entourer. Certes Wong Jing est ce qu’il est, il a néanmoins produit de très bonnes bobines et sait faire preuve lorsqu’il le faut d’un grand professionnalisme. Là où le film marque un point, c’est sur son casting « multi générationnel » un peu à la manière du Rigor Mortis de Juno Mak. Quel plaisir de revoir ces bonnes vieilles trognes de Chen Kuan-Tai, Yuen Cheung-Yan ou encore Fung Hak-On, et surtout quel plaisir de les voir échanger quelques passes d’armes avec le jeune et très talentueux, martialement parlant, Philip Ng (Invisible Target, House of Fury) qui se voit ici confier son premier grand rôle. Le duo que forme ce dernier avec l’omniprésent Andy On (Special ID, Unbeatable) est d’ailleurs tout à fait savoureux, à la fois très niais dans le sens où leur amitié est poussée à l’extrême devenant presque une historie d’amour (le coup du hotdog sur le pont est, involontairement, à mourir de rire), mais en même temps très explosif, plus particulièrement lors de leur rencontre avec un combat tout bonnement excellent.

Car Once Upon a Time in Shanghai est avant tout un film d’arts martiaux. Et avec Yuen Woo-Ping aux commandes des combats, on était au moins en droit d’attendre de bons affrontements. C’est effectivement le cas, et malgré l’abus de ralentis et autres effets de styles rendant le tout un poil trop esthétisant, force est de constater que Woo-Ping maitrise encore et toujours son sujet. Quel plaisir même d’avoir enfin un vrai plan séquence filmé d’un peu loin et permettant d’admirer tout le talent martial des protagonistes. Là où beaucoup nous servent des scènes ultra cuts et speed, notre vieux briscard prend un malin plaisir à casser les codes actuels. Les combats ne sont certes jamais longs, hormis le final, mais toujours intenses, explosifs et destructeurs (les décors en prennent pour leur grade). Donnie Yen a beau régner en maître sur la scène HK actuelle, il n’en demeure pas moins que la relève est assurée en la présence de Philip Ng, mais surtout Andy On qui crève l’écran a chacune de ses apparitions avec sa belle et son coté très athlétique / vif. En même temps, on n’en demande pas moins de la part de quelqu’un sortant tout droit de la Jackie Chan’s Stunt Team. On ne peut qu’être par contre déçu que Jiang Lu-Xia, vu dans Coweb, Bad Blood ou encore Naked Soldier, soit totalement sous exploitée…

A la manière d’un Grandmaster de Wong Kar-Wai, Wong Ching-Po essaie de rajouter un coté très esthétique à son film donc, et pas seulement lors des combats. L’ensemble du métrage bénéficie d’une photo complètement désaturée et de tons sepias jusqu’au final qui lui retrouve ses couleurs. On pourrait saluer l’effort mais tout cela sonne un petit faux. Pire encore, le Shanghai des années 30 reconstitué fait peine à voir avec son unique carrefour qui revient tout le long du film, sa rue déserte et ses trois pauvres véhicules se battant en duel. Tout ceci rend l’ensemble très froid, un comble pour un film s’arts martiaux essayant d’insuffler à son histoire des petites touches d’humour ainsi qu’une histoire d’amour naissante entre son héros et Mao Jun-Jie, incarnant la fille d’un ancien maitre d’arme à la retraite (Sammo Hung, impeccable). Surtout que lorsque les couleurs reviennent lors du final, même si toujours dans des tons ternes, force est de constater que visuellement, ca claque bien plus. Dommage…

Le résultat global est plutôt positif. Wong Ching-Po respecte le matériau d’origine sans aucun problème et l’hommage est bel et bien là, appuyé par d’excellents combats. Pour peu que vous ne soyez pas déroutés par la patte graphique que le réalisateur a voulu donner à son film, il y a fort à parier que vous passerez un très bon moment devant ce Once Upon a Time in Shanghai. Un très sympathique divertissement.
cherycok
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le 28 août 2014

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