Sanggye, garde-forestier,  se remet à peine d'une cuite nocturne, quand il voit débarquer chez lui un policier blessé, qui lui dit traquer un braconnier, tueur de renards et scieur de cornes de cerf. Tout de suite, Sanggye doute. Il y a tant de petits détails , chez ce soi-disant policier, qui pourraient faire de lui le braconnier qu'il prétend rechercher : son arme, ses chaussures, et sa façon un peu trop prompte de vouloir achever un cerf aux cornes sciées. Puis survient – ou plutôt revient – Kunbo, le pauvre type louche du village, celui qui avait rendu visite à Sanggye la veille, pour lui remettre la demande de divorce de sa femme, d'où la cuite… Et maintenant, pourquoi revient-il ? Surgit  le troisième larron, lui aussi vêtu ou déguisé en policier, lui aussi affirmant que c'est l'autre, le braconnier, avec les mêmes arguments, les mêmes récits.


L'intrigue, à la fois simple et embrouillée, pourrait tenir sur une scène de théâtre. La magie du film tient au jeu des acteurs et l'art qu'a Jingme Trimley de nous faire sentir le froid, par de minces détails, sans ces effets de personnages givrés s'agitant sous de la neige carbonique. La buée constante dans la cabane, oui, mais aussi cette eau chaude que l'on boit, dès que l'on revient de l'extérieur, pour tuer le gel en soi ; le pain rassis et gelé, comme une pierre qui résiste aux dents ; ces blessures sur les visages, joue fendue, oreille arrachée, qui ne saignent pas, vite recouvertes d'une croûte gelée ; ces montagnards qui ne quittent jamais leurs peaux et leurs fourrures, mais qu'importe la crasse des corps, dans le froid, il n'y a plus d'odeur. 


Il y a un petit côté Rashomôn dans ce thriller tibétain. Tout le film tourne autour du mensonge et du vertige qu'il engendre : c'est celui qui le dit qui l'est, ou bien celui qui dit l'être qui ne l'est pas ? Et quand la culpabilité du comparse éclate, ce sera pour empêcher que, jusqu'au bout, soit révélé qui est le vrai braconnier. C'est finalement l'esprit de la forêt outragée, incarné par un cerf aux cornes sciées, qui tranche : trois coupables, trois morts, et un innocent, le seul épargné.

SandrineAlexie
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le 10 janv. 2026

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Sandrine Alexie

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