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Le Mal n'existerait pas ? Pas si simple, si l'on regarde attentivement le générique, avec l'apparition désordonnée des mots ou caractères du titre. Et jusqu'au bout, la question pourrait rester sans réponse, rejoignant les quelques autres que le film laisse ouvertes, et qui ont fait se précipiter sur Internet presque tous les spectateurs à la fin.
Une ligne narrative est pourtant claire : le village de Mizubiki a une source dont la qualité de l'eau est incomparable pour la préparation des udon. Et voilà qu'une compagnie veut y installer un glamping, variante sinistre et haïssable de camping, qui consiste apparemment à souiller un site pour que des connards de vacanciers s'imaginent vivre une expérience "traditionnelle authentique". Et souiller n'est pas une métaphore dans ce cas, car il s'agit de creuser une fosse septique menaçant la nappe phréatique, et donc la pureté de l'eau et donc, les udon.
Conscients que les locaux ne vont pas apprécier, les promoteurs du futur glamping envoient un duo de "communicants" vanter leur projet, dans une réunion publique au village. Le coup de griffe, si bien trouvé, de Hamaguchi est de faire que l'agence dépêchée sur place ne soit qu'une boîte de casting, renvoyant le monde de la com' et de la publicité à ce qu'il est : un acteur raté, comme Takahashi et son ridicule anorak orange vif, flanqué de Mayuzumi, une aide-soignante rescapée du COVID. Voilà donc Takahashi et Mayuzumi chargés de séduire, convaincre, soudoyer Takumi, l'homme à tout faire de Mizubiki, pour qu'il devienne gardien du futur glamping, après avoir persuadé son voisinage des bienfaits du projet. Sauf que le charme du pays agit sur Takahashi et que, tel l'agent Dale Cooper à Twin Peaks, il n'a plus envie d'en repartir, après avoir découvert le sens de la vie en fendant une bûche.
À côté se joue une autre histoire, plus complexe : celle de Hana, 8 ans, fille unique de Takumi, orpheline de mère, qui semble appartenir au monde de la forêt, des cerfs et des arbres, bien plus qu'à celui des hommes. Encore plus laconique que son père, Hana désigne ou sème des signes tout le long du film : squelette de faon abattu, plume de faisan, épineux menaçant, évoluant dans un monde parallèle à celui des adultes, qui rappelle les boucles temporelles des Tales from the Loop et ses enfants égarés. Autre point commun, Le mal n'existe pas est lui aussi né d'images, générées initialement pour accompagner le concert de la compositrice Eiko Ishibashi, dont la musique est, à son tour, reprise pour le film, faisant une bande-son dont la beauté n'a rien à envier à celle, composée par Philip Glass et Paul Leonard-Morgan, pour The tales from the Loop.
Quand les deux histoires finissent par se toucher, il y a fatalement effraction d'un monde commise par un autre, violence et sang versé. Si bien que la devinette du générique est résolue : il y a un monde où le mal n'existe pas et un autre où il fleurit, un lieu vierge et un agent de souillure, et pour que le mal continue de ne pas exister dans l'un des deux mondes, il faut paradoxalement le commettre soi-même et s'enfuir, proie et chasseur enlacés.
Créée
le 12 janv. 2026
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