Il y a un gars, dans son petit bureau de prod’ à Los Angeles entre deux rendez-vous avec des aspirantes comédiennes, qui cogite un bon moyen de se faire un peu de dollars :
- Bon bin j’vais produire une série bien B bien ras de plafonds avec un papa et sa fifille paumés dans une immense forêt aux prises avec des vilains craspecs à casquettes trouées de toutes les couleurs. Comme mon bud’ est limité et que Mark Whalberg réclame 20 millions, on va s’payer la version low cost, le petit mais costaud Ryan Philippe, lui il est pratique, il joue comme un pied mais son cachet est minime, en face, l’antagoniste, on ressort de la naphtaline ce bon vieux C. Thomas Howell, on lui colle une moustache épaisse comme un jambon, une casquette différente car c’est lui l’chef, une canadienne hideuse et des taglines foireuses. Crois moi le C. on l’a pour trois clopinettes, il doit bouffer 3 x par jour, il va pas nous emmerder sur la qualité de ses répliques ni la connerie du scénar’
- Tu vas vendre ce machin à qui ? interroge la secrétaire de direction, occupée à se limer les ongles, faute de mieux.
- J’trouverai bien une plateforme à la con qui va acheter ce truc budgeté à 4 millions $.
- Ça fait serré non ? grince la demoiselle.
- Bin surtout qu’on va tourner deux chapitres.
- Et bin mon con, ta production va devoir faire des miracles avec ce budget pour 2 films et tu as qui pour pondre un scénario qui puisse tenir sur 2 x 85’ ?
- On trouvera bien trois glandus qui glandouillent à chercher du taf tout à fait disposés à nous pondre une idée prétexte, des situations revues un milliard de fois dans des prod’ nettement plus friquées, au pire un p’tit coup de Chat GPT et hop emballer le bouzin.
- Et pour réaliser ce futur chef d’œuvre ?
- Bin c’est certain qu’on n’va pas pouvoir s’payer le fils spirituel de Ted Kotcheff !
- Qui ?
- Ma pauvre fille. Ted Kotcheff, le gars de First Blood, le premier, le meilleur, l’unique film de survival dans les montagnes, un truc organique, viscéral, habité. Ici on va rependre l’idée, foutre une bonne séance de torture à la Taken. Le couillon sur son canap’ à mater le truc il aime bien quand ça charcle avec un final du chapter one assez tendu. Enfin tendu, de quoi alimenter l’idée de resservir la même soupe.
- Tu vas les trouver ou tes 4 millions de boules pour tourner à la suite deux films de bourre-pif, de cascades, de jeux de scènes approximatives ?
- T’en fais pas, ma bonne, bibi il a de la ressources. J’vais aller pitcher le machin aux plateformes, dans la journée j’ai une offre ferme, j’réclame une avance, un tour de table, hop on a le financement et à la livraison c’est jackpot. On est parti pour un Chapter Three. Tiens, vu que tu glandes et que tes ongles sont limés, tu me ressors le burlingue de l’agent de Ryan Philippe ?
- J’voudrai pas faire ma raclette mon vieux Aaron mais tu penses que le couillon sur son canap’ à se gratter les noisettes aura envie de se coltiner le chapitre deux après un premier à la limite de la prod’ Cannon pourave des 80’s ?
- J’te file un billet, enfin un p’tit, tu me connais, pas dépensier le gars, que le glandu va enquiller directement sur le deux avec la certitude qu’il va se faire chier.
Pas faux… pour ma part l’idée de me farcir Chapter Two est assez maigre. Cela dit le premier est regardable, con, souvent ridicule, pas crédible, la fin complètement nase mais ça se regarde… comme une prod’ des deux cousins démoniaques shootés avec deux bouts de scotch, une ficelle et une pince à vélo au mitan des années 80. De là à dire que c'est bien, faut pas déconner non plus ..