Hiro Onoda est un soldat japonais en poste sur l’île de Lubang aux Philippines qui refusa de croire à la fin de guerre du Pacifique et à la capitulation du Japon. Il continua d’y mener une guerre secrète jusqu’en 1974. Le sous-titre de ce film en porte les cicatrices traumatiques : Dix milles nuits dans la jungle. Trente ans. Une vie.


     Arthur Harari, cinéaste français, repéré avec Diamant noir (un premier film un peu rugueux mais passionnant) choisit de raconter la folle histoire de cet homme, intégralement en langue japonaise et de tourner au Cambodge, trois mois durant. Résultat : Un film de 2h45, véritable plongée dans les méandres d’une troupe embrigadée et perdue, une réalité parallèle hors de toute réalité.


     Un film de guerre comme on en a jamais vu, avec un ennemi même pas invisible mais imaginaire. Une guerre que l’on vit à travers le regard d’un homme. Un Apocalypse Now / Ad Astra inversé, comme si l’on suivait moins le récit de celui qui cherche que celui qui se perd : Kurtz dans l’un, McBride père dans l’autre. Le grand mystère c’est ce monde dont on ne sait rien, hors de l’île, hors du temps.


     Là aussi il faut pourtant un voyageur, un personnage à sa recherche. C’est un simple touriste japonais : Il ouvre et ferme le film, nous invite sur les rives du fleuve pour nous en extirper comme il en extirpe, avec une douceur merveilleuse, Onoda, qui se libère enfin de son aveuglément, son engagement et sa solitude. Les dernières minutes sont par ailleurs déchirantes, tant on y ressent le poids de cette résignation, de ce départ.


     Auparavant, Onoda aura été celui qui s’est créé un but, construit un monde, son royaume, aux confins de la folie, mystique et sauvage, entre l’ascèse et le pillage, quelque part entre Aguirre et Fitzcarraldo, qui plus est dans cette volonté de construction familiale puisqu’il est longtemps accompagné dans sa survie de soldats qui le suivent, avant de l’abandonner ou de mourir.


      On y ressent les saisons, les changements météorologiques, le poids de la jungle. Rarement la pluie, au cinéma, aura été si belle à écouter. Rares sont les ellipses si imposantes autant qu’elles sont fluides. C’est un grand film ambitieux, suspendu, vertigineux, stupéfiant, aussi bien narrativement que visuellement. Magnifique.

JanosValuska
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le 29 sept. 2021

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