Le retour du cinéma sérieux et intellectuel peux enfin reprendre sur grand écran, j'inclue Barbie qui semble tout aussi adulte au final. Alors qu'en-est il du retour de Nolan ?
J'avais aimé le tour de passe-passe du Prestige (2006), surestimé le bouquet final de Batman The Dark Knight Rises (2012), sous-estimé Interstellar (2014), snobé Dunkerque (2020). Nolan nous a parfois bluffé, parfois déçu. Oppenheimer n'est pas son meilleur film, mais il est pas très loin de l'être non plus. C'est plutôt la suite logique de son cinéma qui se veut plus mature. Son spectateur fidèle a vieillit lui aussi, il sera encore plus attentifs aux détails et aux angles mal arrondis. Le scénario se découpe en trois parties bien distinctes et comprenant une heure pour chaque segment : le rassemblement des scientifiques dans le désert du Nouveau-Mexique, la conception de la bombe jusqu'à son test d'explosion et le jugement post-Hiroshima. C'est presque une mini-série 3 épisodes Netflix, mais les flash-backs en yo-yo rendraient ce format inadéquat et moins limpide.
Dans cette course à la bombe atomique, Nolan ne s'attarde pas aux point de vue Nazi. Il est focus sur la vision américaine et prédit deux ans d'avance sur les recherches pour les allemands. Tout est sous forme d'interrogation, il frénétise le temps façon Inception, tel un compte à rebours pour l'explosion. Les deux premiers tiers du films sont les plus réussis. J'ai aimé ces savants remplissant les billes dans un bocal et un grand verre à Los Alamos, symbolisant les quantités d'uranium et de plutonium pour les deux bombes. La dernière partie est peut être moins facile à utiliser pour Nolan. Le procès d'Oppenheimer est un peu lourdaud dans le petit bureau, mais Nolan montre que les bombardements sur le Japon ne sont pas sans conséquences. Les bombes sont bien des armes de destructions massives. Il y a aussi ce sentiment terrible qu'Oppenheimer s'est vu dépossédé son bien expérimental pour le donner aux mains de Truman.
Techniquement, Nolan est toujours au point. Les cadrages ne sont pas patauds, rien que les premières scènes filmant des bâtiments historiques sont parfaites. Cette VOST est je dois dire sacrément bonne, complétée par un ton musical surprenant et relativement correct de Ludwig Göransson. Ce Göransson est presque le fils spirituel de Zimmer avec son clavier à bretelles, mais c'est voulu de la part de Nolan. Heureusement, on échappe à du Dune qui saccadait à tout va la narration par des vibratos instrumentales. Les parties de silences complets dans Oppenheimer, sont peut être les plus marquants et dégagent un effet implacable sur la réflexion du nucléaire. Il y a à l'appuie un bon, d'un très bon jeu d'acteurs... On attendait Cillian Murphy qui avait la chance d'avoir un bout de gueule du vrai Oppenheimmer sur une photo, il s'en tire avec les honneurs.
Néanmoins, j'ai d'abord était scotché par la prestation de Robert Downey Jr. Ce Strauss m'a fait pensé à du Brando pour Le Parrain. Et puis, ces scènes en noires et blancs vont encore plus loin avec un beau retour au cinéma des années 40-50. Puisque l'on évoque le casting, le duo d'actrices Emily Blunt et Florence Pugh offrent une complémentarité de personnalités féminines, tout en restant dans le thème apocalyptique. J'ai retrouvé de la sympathie pour Matt Damon, qui ne m'avait pas fait sauter au plafond dans Interstellar, Seul sur Mars ou le Dernier Duel sans le chaos lunaire. Il est peut être encore meilleur pour des seconds rôles le Matt. D'autres acteurs tirent leur épingle du jeu, avec en tête Benny Safdie (Teller), excellentissime avec sa crème solaire et ses lunettes de soleil ! Il a des David Krumholtz (Rabi), Josh Hartnett (Lawrence), pour ne citer qu'eux dans cette masse d'acteurs de haut standing. Interprétée par Tom Conti, la présence d'Einstein est également sympa. Elle est ni trop envahissante, ni trop secondaire.
Il ne faut pas fermer le sujet sans citer l'importance des refugiés politiques, des nombreux savants Juifs, du communisme caché aux États-Unis et l'acheminement de la Guerre Froide. Nolan en fait une rhétorique majeure. Il dénonce les mauvais cotés du patriotisme, les histoires d'égo politiques, les corruptions au gouvernement américain... bien que l'on sent que le réalisateur n'enfile pas pleinement les gants et garde le drapeau étoilé bleu et rouge en arrière-plan pour vendre son récit. Nolan s'est essayé, avec plus ou moins de réussite, mais son approche était la bonne.