On est naturellement curieux de voir ce que donne un biopic intimiste centrée sur la vie d'un génie tiraillé entre la physique nucléaire et la géopolitique de l'après guerre. Malgré 20 premières minutes plutôt prenantes et un rendu assez esthétique, le biopic s'efface assez vite pour s'empêtrer dans un millefeuille politico-judiciaire soporifique. On pouvait si attendre, Nolan a fait du Nolan.
Le début du biopic fonctionne bien, avec la présentation sincère d'un jeune homme découvrant les femmes, la physique quantique et le communisme. Jusque là, ça fonctionne. Du moins, ça semble fonctionner pendant 30 minutes, après quoi Nolan s'emmêle dans la présentation interminable de personnages et de sous intrigues pas franchement passionnantes. Le name dropping abusif de personnages historiques vient juste alourdir une intrigue inutilement complexe, dont on commence déjà à se lasser. Le personnage d'Einstein en dit long sur ce name dropping. On nous le présente comme un vieux sénile perdu dans la foret et fringué en évadé d'asile. Son apparition dans l'obscurité d'un taxi façon batman frise le ridicule, toujours habillé comme un plouc, et pour au final ne rien dire d'intéressant. En effet, il ne risque pas de voler la vedette à Oppenheimer, dont on comprend bien que c'est son biopic à lui tout seul. Autre raté avec Lewis Strauss, on grille dès sa première apparition qu'il est le vilain gros méchant de l'histoire, alors pourquoi en faire un twist scénaristique ? D'ailleurs Lewis Strauss est-il bien nécessaire au film ? On dirait un méchant de Disney. Un peu léger pour un film dont le sérieux finit surtout par ennuyer. Le personnage le moins ridicule reste Oppenheimer, ouf c'est son biopic. N'empêche qu'au bout d'une demi-heure, on a fait le tour d'une personnalité assez froide et se révélant sans véritable relief. D'ailleurs Oppenheimer est peu à peu laissé de côté au profit d'une intrigue politique assommante.
Un fois le largage de la bombe Trinity, on prie pour être libérer de son fauteuil de cinéma. Mais Nolan décide de nous faire subir le tourbillon juridico-adultero-politique qu'a enduré le pauvre Oppenheimer après la guerre. Quand même, il en a bavé. Les 100 000 morts d'Hiroshima ne se sont pas fait tout seul. Il a bien bossé et maintenant il se fait lâchement descendre par ces salauds de politique ? Ils lui ont retiré sa licence de physicien, vous rendez-vous compte ? La vie est si injuste avec ce brave homme… C'est du moins ce que Nolan essaie de nous faire gober avec une maladresse déconcertante.
Ce briscard de Nolan a bien vendu son film, une bonne promo en somme. Un truc bien lisse, bien romancé, bien compliqué pour pas dire grand chose, avec une mise en scène bien terne, enfin bien Nolan quoi. Cet Oppenheimer ne laissera pas une grande empreinte, m'enfin ça fera joli sur le catalogue Netflix... Pourtant certains ont crié au chef d'œuvre, ont-ils si peu d'estime et d'amour pour le cinéma ?