Opus est un film d’horreur étrange, bien réalisé, construit autour d’une idée qui fonctionne justement parce qu’on ne sait jamais très bien où elle va nous conduire. Il mélange satire, culte de la célébrité, industrie musicale et sensation croissante que quelque chose ne va vraiment pas. J’ai aimé.
Ayo Edebiri est excellente. Elle possède une vraie présence à l’écran et une manière très naturelle de porter des scènes qui pourraient sembler artificielles avec une autre actrice. Son personnage fonctionne particulièrement bien parce qu’il observe cet univers avec un mélange de fascination, de malaise et de méfiance qui devient de plus en plus évident.
John Malkovich, lui, semble prendre énormément de plaisir à jouer Alfred Moretti. Cela se voit. Il en fait à la fois un artiste excentrique, un gourou, une ancienne superstar et un véritable personnage de freak. Pendant une bonne partie du film, il est amusant simplement parce qu’on ne sait jamais s’il se moque de lui-même ou s’il attend des autres qu’ils prennent toutes ses extravagances au sérieux.
Mais Moretti change. Ce qui paraît d’abord simplement étrange ou excessif devient progressivement beaucoup plus désagréable. Sa façon de traiter son entourage, d’utiliser sa position et d’exiger que tout le monde accepte sa vision sans la remettre en question finit par en faire un personnage profondément odieux.
C’est l’une des idées les plus réussies du film. Il commence par jouer avec notre fascination pour les grandes figures culturelles, ces artistes auxquels on pardonne presque tout parce qu’ils sont censés être des génies. Puis il démonte progressivement cette fascination.
Le décor contribue beaucoup à cette impression. L’endroit où se déroule une grande partie de l’histoire ressemble à la fois à une résidence artistique, une secte, une propriété de luxe et un laboratoire créatif. Tout semble organisé pour que Moretti soit le centre absolu de l’univers.
Le film possède de l’humour, mais ne perd jamais complètement son caractère menaçant. Certaines scènes commencent comme une excentricité supplémentaire et finissent par devenir réellement inquiétantes. Le passage progressif vers l’horreur est bien maîtrisé.
Il y a aussi une critique assez claire de l’industrie culturelle et des médias qui gravitent autour des célébrités. Le désir d’obtenir une exclusivité, d’être proche du bon artiste ou d’appartenir au cercle privilégié peut rendre ridicules des personnages qui devraient pourtant être les plus sceptiques.
Tout ne fonctionne pas parfaitement. Certaines idées paraissent d’abord plus intéressantes qu’elles ne le deviennent réellement et plusieurs personnages secondaires restent assez peu développés. Le film veut parler de célébrité, de culte, d’ego, de manipulation, de pouvoir et du besoin d’appartenance. Il ouvre parfois trop de pistes.
Visuellement, en revanche, il est très soigné et possède une vraie personnalité. Mark Anthony Green cherche clairement à construire quelque chose d’étrange plutôt qu’à reproduire une formule d’horreur classique.
Ayo Edebiri et Malkovich élèvent beaucoup l’ensemble. Elle est notre porte d’entrée dans ce monde étrange, tandis que lui le déforme progressivement. Plus Moretti devient désagréable, meilleur est Malkovich.
Et puis il y a “DLZ” de TV on the Radio. Rien que cela améliore automatiquement n’importe quel film. L’entendre ici, dans une histoire obsédée par la musique, la célébrité et la création artistique, fonctionne particulièrement bien.
La dernière partie entre pleinement dans l’horreur et dans une violence beaucoup plus explicite. Certaines décisions peuvent sembler excessives, mais le film conserve son étrangeté jusqu’au bout.
Opus n’est pas parfait, mais il possède quelque chose que j’apprécie beaucoup : une identité. Il est étrange, inconfortable, parfois drôle, souvent inquiétant et très bien interprété.
J’ai aimé. Ayo Edebiri confirme son grand talent, Malkovich s’amuse énormément dans le rôle du gourou excentrique et Moretti finit par devenir exactement ce genre de personnage que l’on voudrait ne plus entendre alors que tout le monde continue à le traiter comme un dieu.