Sur la forme, Orwell : 2+2=5 est pour part documentaire, et en partie œuvre plastique à part entière. Sur ce point mais sans pousser aussi loin le curseur, le film s'inscrit dans le sillage de Soundtrack to a coup d’État, sorti l'année dernière. C'est documenté et référencé. Mais paradoxalement, en dépit de sa volonté pédagogique, le film se soucie peu d'être didactique, et ses rapprochements rapides entre une situation et l'autre peuvent parfois donner l'impression qu'il saute du coq à l'âne. A la décharge du film, les exemples montrés ne nécessite pas vraiment de commentaires pour comprendre de quoi il retourne.
Le film est partisan et le revendique, tout comme Orwell lui-même le revendiquait. L'art étant politique par nature, il n'y a absolument rien de mal à cela. Et au moins la posture est honnête, et affirmée d'entrée. On peut se demander d'ailleurs si elle n'explique pas la faible distribution du film en salles. Moins d'une dizaine de salles dans Paris, c'est quand même un peu incompréhensible en début d'exploitation, alors que les livres d'Orwell battent des records de vente en ce moment.
Si La ferme des animaux n'est pas oubliée,1984 reste évidemment l'axe moteur principal autour duquel le film est chevillé. Souligner la correspondance entre la réalité actuelle et le livre phare de George Orwell est finalement une idée simple. Mais loin d'être simpliste. Car la multiplication d'exemples que donnent à voir le film, comme un audit de la situation actuelle, permet de constater l'étendue des dégâts à l'échelle de la planète. Parfois, on trouve encore le moyen d'en rire car certaines archives sont de vraies pépites de grotesque. Mais globalement, le constat est largement dramatique et le film n'est pas rassurant. Vraiment pas. Reste que voir un documentaire faire la synthèse de tout ça est bel et bien salvateur.