Je ne suis pas forcément ni un super fan ni un détracteur de Sam Peckinpah. Plutôt un avantage au moment de me poser devant son ultime film globalement mal aimé de ses fans comme de la critique. Ce n’est évidemment pas un grand film et le tout respire le film de commande à plein nez. En même temps, Sam Peckinpah, lâché de toutes parts, et en totale dérive, n’avait plus rien à se mettre sous la dent depuis Le Convoi, une espèce de road-movie assez peu convaincant. Je dois d’ailleurs avouer que je suis beaucoup plus convaincu par ce titre même si le discours manque cruellement de subtilité. Adapté de Robert Ludlum, on oscille entre espionnage et thriller, et ce dernier pan est certainement bien plus accentué. Le film est logiquement dominé par le thème de la manipulation. Entre les hommes, bien sûr. Mais, surtout, par l’intermédiaire de l’image et de la télévision. Le propos est l’occasion de pointer le doigt sur un sujet déjà rebattu par le Nouvel Hollywood depuis l’assassinat de JFK et qui a parcouru toute la filmographie de De Palma.
Mais Sam Peckinpah, même s’il a les mains totalement liées pour ce film, arrive quand même à montrer que, d’une certaine façon, son travail a souvent été charcuté, trafiqué, truqué. Et que la télévision est une cousine du cinéma. Elle dit raconter des vérités et faire du journalisme, mais elle utilise souvent les mêmes procédés que le cinéma. À la télévision, tout n’est que mise en scène et récit pour faire de l’audimat. La démonstration, notamment en fin de course, est particulière lourde et maladroite, mais l’ensemble ne fonctionne pas si mal que ça. Si elle manque parfois de crédibilité et si le scénario semble présenter quelques trous dans la raquette, la tension est au rendez-vous et les quelques scènes d’action confirment que le réalisateur n’a rien perdu de son talent. On apprécie ainsi cette jolie course-poursuite en voiture avec un accident en chemin filmé (off course) au ralenti et les quelques bonnes scènes de fusillades et de castagnes.
L’histoire en elle-même n’est pas franchement convaincante et on a souvent reproché au film un récit sans queue ni tête. Ce n’est pas totalement vrai, mais les personnages restent mystérieux et intéressants et le message vaut mieux que son récit prétexte. Si on se concentre sur son rythme, ses interprètes et cette démonstration (de force, on en convient), le résultat forme un thriller tout à fait honnête et bien au-dessus de titres du même type. Parce que c’est Sam Peckinpah qui réalise, faut-il être plus sévère qu’avec un autre et dénigrer le film ? Cela ne me paraît pas très juste.
6,5