Les premières séquences de « Other » sont particulièrement angoissantes et intrigantes. Du sinistre prologue en mode reportage caméra à l’épaule suivi de la séquence de cette intrusion sur une propriété mettant en scène une femme se masquant étrangement le visage à une troisième scène où un chien visiblement enragé va attaquer le personnage principal, David Moreau sème les graines d’un suspense horrifique qui donne envie d’en voir plus. Passé ces dix premières minutes, on rentre en revanche dans le chemin le plus balisé qui soit dans le cinéma de genre : une jeune femme va se retrouver seule dans une immense maison complètement isolée au fond des bois avec une présence indéfinissable qui la guette. Alors là oui, on plonge tête baissée dans un postulat vu un millier de fois au cinéma. Mais, heureusement, le film va réussir à s’en extirper de bien des manières et nous réjouir sans discontinuer durant quatre-vingt-dix minutes.
Pour ceux qui se souviennent, Moreau avait consacré ses premiers films aux films de genre avant de se diriger vers d’autres types avec des films plus populaires comme la comédie romantique « 20 ans d’écart ». Il y avait eu le film américain « The Eye » mais si celui-ci a pu être tourné à l’époque c’est grâce à son coup d’éclat remarqué par Hollywood (et co-réalisé avec Xavier Palud) en 2006 quand ils ont balancé leurs « Ils » et son concept d’une simplicité et d’une efficacité imparable : un couple se fait harceler par des inconnus en pleine nuit dans leur demeure isolée (un script qui a dû influencer fortement la saga américaine « The Strangers »). C’était magistral et très effrayant. On retrouve cette même économie de moyens et cette unité de lieu dans « Other » avec cette fois un seul personnage principal. Si le film est censé se dérouler aux USA et a été tourné en langue anglaise, on sent tout de même que le tournage a eu lieu en France sur bien des aspects, notamment dans les différents décors et environs de la maison.
La mise en scène de Moreau, ici en solo donc, est toujours aussi affutée et bourré d’idées pour nous faire peur. Il faut avouer qu’il n’invente rien et que certains développements sont parfois peu crédibles mais la tension est là du début à la fin. La nature de la menace entretient un mystère captivant et le rebondissement final est bien trouvé et, surtout, très surprenant. Les pièces du puzzle se mettent en place doucement avec les diktats de la beauté en toile de fond, un contexte qu’on n’attendait pas là mais qui se fond parfaitement au sein de « Other ». Olga Kurylenko tient le film sur ses épaules avec la force physique qu’on lui connaît et on ne voit pas le temps passer. Moreau réussit ici aussi bien ses scènes de trouille, certaines étant vraiment flippantes, qu’à distiller une ambiance anxiogène et malsaine du meilleur effet. Une petite série B fauchée mais humble et percutante. Bonne pioche!
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