C'est le genre de film qu'on n'aurait pas fait il y a 20 ans, ou en tous cas pas avec ce traitement Hollywoodien. C'est le genre de truc qu'on n'aurait vu que dans des festivals plus underground ou à la limite à Sundance mais dans les deux cas avec un traitement moins conventionnel. Un tel projet avec Bruce Labruce à la tête par exemple, ça aurait pu être merveilleux mais diamétralement différent.
Le récit est convenu. Nécessaire, parce qu'on ne parle pas assez de ce genre de choses, surtout entre deux homosexuels. Mais c'est convenu et gentil. L'on trouve de belles séquences, l'émotion est bien gérée, les non dits fonctionnent bien, les conflits se ressentent des deux côtés, même des trois un peu, avec ce petit garçon au milieu de tout ça. C'est touchant, mais ça reste un peu trop lisse, un peu facile ; les personnages n'ont pas tellement de failles, leurs failles sont des forces (par exemple l'un couve trop son fils, mais c'est parce qu'il l'aime ; l'autre le délaisse, mais c'est parce qu'il bosse dur ; de tout cela il ressort l'impression qu'on ne peut pas vraiment leur en vouloir parce qu'ils font leur possible).
La mise en scène est soignée : une photographie qui emballe joliment le projet, sans tomber dans le maniérisme ; le découpage est varié et renforce bien les émotions ; le montage est bien rythmé. Les décors sont corrects. Les acteurs délivrent de bonnes performances ; je suis d'avis qu'un acteur peut tout jouer, par exemple je ne limite pas les rôles de trans à des trans (je prends cet exemple car plusieurs projets ont fait polémique pour ça il y a peu). Mais il faut avouer ici que les deux acteurs gays jouent bien le couple gay ; certains acteurs ont l'air d'avoir peur, d'autres en font trop, ici ça paraît plus banal. Après, certains acteurs hétéro ont du mal à embrasser même dans une relation hétéro, clairement, ce ne sont pas des scènes faciles (moi-même j'ai vécu mon premier baiser pour un film étudiant, et ça a été très compliqué de se lancer).
Bref, ça se regarde.