À part.
C'est la première sensation que l'on a concernant Out1, lorsque l'on commence à s'y intéresser. Bien avant d'y mettre un pied on flaire que ce ne sera pas une œuvre anodine : une durée improbable de plus de douze heure, un casting à tomber pour un film dont quasiment personne ne parle jamais, un synopsis qui donne aussi peu d'informations que son titre... mystère donc.
Pour ceux qui, comme moi, se sont jeté là-dedans sans trop savoir où ils mettaient les pieds, le premier épisode peut clairement être rédhibitoire : sur l'heure et demi qu'il dure une bonne heure est consacrée aux répétitions de deux troupes de théâtre d'avant garde, avec tout ce que cela peut induire d'incompréhension et de délire régressif. Mais après avoir vu (subit presque?) cela, on a le droit au débriefing de l'impro, et ces paroles, expliquant par l’intellect une démarche viscérale et collective quoique pas tout à fait concertée, pourraient en quelque sorte être le codex du film.
La démarche du personnage de Thomas, interprété par Michael Lonsdale, entre en effet en résonance avec celle de Rivette sur ce film, entièrement improvisé autour d'un semblant de trame se réinventant au fur et à mesure. En mettant des mots sur ses expérimentations la troupe effectue un travail similaire à celui du cinéaste assemblant par le montage les différents rush (interminables, pour la plupart des bobines entières tournées sans la moindre interruption) et faisant ainsi se côtoyer les différents univers se créant face à sa caméra.
Après cette espèce de baptême du feu le film devient, au fur et à mesure des épisodes, un peu plus commode, enfin dans une certaine mesure bien évidement, et les liens de la fiction se tissent entre les différents protagonistes. Trois grands axes seront explorés, s’enchevêtrant au gré des instants capturés:
Les troupes de théâtre et les mésaventures intellectuelles ou plus terre à terre de leurs meneurs respectifs, questionnements sur la création et la recherche, ou la perte, de soi au sein de cette dernière.
Les treize, ceux de Balzac et ceux existants plus ou moins, les rapports entre eux étant constamment questionnés : Conspiration ? Utopie ? Groupe dissous ? Simple chimère ?
Les personnages de Frédérique et Colin (Juliet Berto et Jean-Pierre Léaud) finalement échos du spectateur, fouillant afin de chercher du sens là où il n'y en a peut-être pas tant, traçant des corrélations jusqu'à perdre pied entre réalité et fantasme.
Out 1, Noli me tangere est jusqu'à présent l’œuvre cinématographique que j'ai pu voir demandant le plus d'implication de la part du spectateur, de part la difficulté que l'on peut avoir initialement à savoir ce que l'on regarde, et l'endurance nécessaire face à un film d'une telle durée et refusant constamment d'être défini, de dévoiler ce qu'il est véritablement.
Mais l'endurance est véritablement récompensée par certains instants : Jean-Pierre Léaud laissant sa lecture de Balzac décider du chemin qu'il prendra, l'interrogatoire entre ce dernier et Bulle Ogier, tout en charade, la déambulation de Michael Lonsdale et Bernadette Lafont sur la plage, Juliet Berto, masquée sur le toit du Moulin Rouge pour protéger autant qu'espionner son tout nouvel amoureux, et tant d'autres instants touchant une vérité fictionnelle qu'une fiction traditionnelle pourrait à peine espérer effleurer.
Et le mystère de se loger partout, dans les indices comme dans leurs absences, dans les réponses comme dans les questions, dans les textes, leur ponctuation, leur majuscules, et bien évidement dans l'improvisation.