Dès son ouverture magnifique, parcours d’un véhicule – un taxi certainement – capté en plan zénithal depuis la hauteur d’un immeuble avant de le redoubler par sa réflexion dans les vitres de ce dernier, Abwärts interroge la notion de reflet artificiel généré par une modernité technique et technologique offrant aux vices, immuables, des variations dans leur expression. La présentation inaugurale des personnages veille à les enfermer dans une solitude qu’ils éprouveront davantage encore au contact les uns des autres, et la cage d’ascenseur devient la métaphore de cet enfer où l’individu, incapable de construire un vivre-ensemble temporaire, entouré de miroirs, observe, s’observe et est observé sans possibilité de fuite. Dès lors, toute tentative de sortie équivaut à un sursaut de vie et une revendication de liberté, engagement personnel effectué non pour le collectif mais contre l’idée même de collectivité. Le film décline ainsi les partis pris esthétiques et philosophiques de Jean-Paul Sartre dans sa pièce Huis clos (1944), revisités dans un style proche du cyberpunk ; il bénéficie d’une mise en scène remarquable, précise dans ses mouvements, qui participe pour beaucoup de l’atmosphère anxiogène générale.