Païsa est un petit recueil de nouvelles autour de la libération de l'Italie par les Américains. On y voit deux cultures face à face, ou plutôt nez à nez. On y voit un vieux pays à la culture millénaire, humilié, brisé, secouru de manière cavalière par un jeune pays fort de l'assurance de son industrie. Et des choses se passent. Ou ne se passent pas. Des transferts culturels, des malentendus, des passions, des remords, des révoltes. ça bouillonne.
Le fil narratif suit la libération, avec un itinéraire qui va du sud au nord, de l'ouest à l'est, de juillet 1943 à l'hiver 1944. On ne retrouve pas de personnages d'une histoire à l'autre, c'est une fresque, ou plutôt une mosaïque. Une structure que j'apprécie.
Techniquement, c'est filmé à la diable, avec des moyens parfois dérisoires (je pense à un pauvre trucage consistant à allumer une torche quand un personnage allume son briquet pendant la première histoire). Mais le choix des sujets est audacieux, on n'hésite pas à sonder les difficultés de l'époque, le film étant tourné sur place juste au lendemain de la guerre. Tout cela sonne juste, sent le vécu, même s'il y a évidemment une part d'artifice.
C'était un beau pied de nez à un certain cinéma hollywoodien tout puissant. Ici, pas de studio (même si on trouve toujours cette regrettable tradition italienne de la postsynchronisation).
Esthétquement, techniquement, ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un manifeste. Et il fonctionne. On y ressent bien des choses. Mais avant tout, de la compassion.
Synopsis.
Séquence 1 : le débarquement en Sicile. Un groupe d'Américains part en éclaireur, guidé par une fille, Carmela. L'un d'eux reste avec elle garder une tour, ils commencent à parler. Alors qu'il s'allume une clope, une balle allemande le cueille, et les Allemands arrivent. La fille revient venger l'Américain, puis est tuée.
Séquence 2 : Des enfants débrouillards à Naples, devenue le QG de l'armée US. L'un d'eux accompagne un soldat noir ivre et lui vole ses chaussures. Le soldat retrouve un gamin et obtient de le ramener à son domicile pour retrouver ses chaussures. Plongée chez les plus pauvres de Naples. Il demande à l'enfant où sont ses parents. Le gamin explique qu'ils ont été tués par les bombardements américains. Le soldat part en laissant ses chaussures.
Séquence 3 : Les nazis quittent Rome. Six mois plus tard, une prostituée fuit la police après un crépage de chignons. Elle ramasse un soldat saoul, Fred. Fred est blasé, il pense avec nostalgie à une jeune femme qui lui avait offert de l'eau à son arrivée à Rome. Francesca. On comprend que c'est la même prostituée qui l'a recueillie. Elle part en glissant une adresse et l'attend le lendemain. Mais lui part avec sa troupe sans remords.
Séquence 4 : Harriett, une infirmière américaine, quitte son poste pour rejoindre Florence, où vit le Loup, un partisan italien. La cité est disputée par les nazis et des partisans fascistes qui tirent à vue. Avec un ami, Massimo, elle emprunte un passage par les Offices, puis par les toîts. elle apprend hélas que le Loup est mort.
Séquence 5 : Un monastère franciscains des Alpes italiennes. Trois aumoniers américains demandent à passer la nuit. Les moines mènent une vie simple. Ils s'émerveillent des conserves des Américains. Sont choqués d'apprendre que l'un d'entre eux est protestant, et l'autre juif. Les moines partagent leur repas, mais jeûnent en priant pour la conversion des deux âmes égarées.
Séquence 6 : Des éclaireurs (OSS) de l'armée américaine avec des partisans dans les roseaux de la plaine du Pô. Ils sont coincés. Les Allemands tuent les partisans italiens. L'officier américain se révolte : il est tué aussi.