En revenant au moment charnière de la révolte arabe sous mandat britannique, Annemarie Jacir ambitionne la fresque autant que le geste de mémoire, mais choisit d’en passer par une forme épique et collective qui évacue l’intime au profit de trajectoires entremêlées. Yousef n’y est jamais un centre, plutôt un corps à travers lequel circule le récit. La mise en scène assume une subjectivité palestinienne qui donne au conflit une lisibilité immédiate, quitte à en arrondir les contours. L’histoire devient récit, et l’adversaire se réduit souvent à une silhouette tenue à distance, privée de parole, presque abstraite. Ce déséquilibre construit une force perceptive indéniable, mais il simplifie dans le même mouvement ce qu’il cherche à éclairer, troquant la complexité du réel contre l’efficacité du geste.
Cette tension se prolonge dans la reconstitution historique. Les décors, les costumes, les textures matérielles oscillent entre précision et approximation. L’insertion d’images d’archives colorisées accentue encore cet écart : ces fragments du réel viennent se greffer sur la fiction pour la légitimer, mais au lieu de produire une continuité, ils introduisent une rupture. L’archive, en quelque sorte, résiste à la fiction.
Palestine 36 n’est pas un film parfait, et ne cherche sans doute pas à l’être. Son ambition en constitue à la fois la force et la limite. En s’inscrivant dans une tradition où le cinéma devient un espace de résistance, il affirme une nécessité, mais à force de vouloir clarifier, il en vient parfois à simplifier. Et si le film laisse une impression d’inachevé, c’est peut-être moins par manque d’accomplissement que parce qu’il se confronte à une histoire qui, elle, ne cesse de se prolonger.