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Bienvenue à Ciné-Sophia. Sortez vos maillots de bain, allongez-vous sur le sable, rangez vos certitudes, et préparons-nous à regarder Ava Gardner inventer l'existentialisme de comptoir en Technicolor flamboyant.
Aujourd'hui, on dissèque Pandora d'Albert Lewin. Un film où le surréalisme hollywoodien flirte avec le mythe, et où les concepts philosophiques se prennent les pieds dans la serviette de plage de la passion tragique.
Si vous pensiez que le nihilisme était une invention d’Allemands grincheux enfermés dans des chambres sans chauffage, c’est que vous n’avez pas vu Ava Gardner (Pandora) pousser une voiture de sport du haut d'une falaise espagnole juste pour voir si son prétendant l'aime vraiment. Spoiler : il l'aime, la voiture un peu moins.
Dans ce poème visuel d'Albert Lewin, le concept qui nous saute aux yeux — juste après le bleu surnaturel de la Méditerranée et avant le décolleté d’Ava — c'est le Vouloir-vivre d’Arthur Schopenhauer, cette force aveugle qui nous pousse à désirer des choses absurdes pour masquer le vide intersidéral de notre existence. Pandora est l'incarnation même de ce drame. Elle s'ennuie. Dieu, qu'elle s'ennuie ! Tous les hommes tombent à ses pieds, se suicident ou détruisent des chefs-d'œuvre pour ses beaux yeux. C’est la parfaite illustration de la balance schopenhauerienne : notre vie oscille comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. Pour échapper à l’ennui, Pandora choisit de faire souffrir les autres. Une saine occupation.
Arrive alors James Mason en Hollandais Volant. Lui, son problème, c'est l'Éternel Retour de Friedrich Nietzsche, mais version punition divine. Condamné à errer sur les mers pour l'éternité (ce qui commence à faire long, même avec une cabine première classe), il cherche une femme capable de mourir pour lui afin de briser la malédiction.
C’est ici que le film bascule dans une expérience de pensée que même Jean-Paul Sartre n'aurait pas reniée. On y trouve une application rigoureuse de la dialectique du Maître et de l'Esclave de Georg Wilhelm Friedrich Hegel mais transposée dans un club de voile. Pandora veut posséder ce qu'elle ne peut pas avoir (un fantôme mélancolique qui peint des portraits), tandis que le Hollandais cherche la liberté dans la soumission ultime d'une femme.
« L'enfer, c'est les autres », disait Sartre. Dans Pandora, l'enfer c'est surtout de devoir choisir entre un pilote de course arrogant, un torero gominé et un marin mort depuis trois siècles.
La résolution du film est un modèle de dérision métaphysique : pour prouver leur liberté absolue (l'existentialisme, encore lui), nos deux héros décident que la meilleure façon de vivre leur amour est de couler gentiment ensemble lors d'une tempête nocturne. Mourir pour briser l'ennui : Schopenhauer applaudit, Nietzsche soupire devant tant de romantisme un peu mièvre, et le spectateur, lui, admire les éclairages d'un film qui confond magnifiquement la transcendance de l'âme avec un sublime mélo de fin de soirée.
En bref, Pandora prouve qu’entre la philosophie et le cinéma, il n'y a qu'un pas : l’une vous donne envie de mourir guéri de vos illusions, l’autre vous donne envie de mourir, mais en Technicolor et bien coiffé.
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Créée
le 24 juin 2026
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