Rappelons le contexte : au milieu du mois d’août 2025, alors que les rédactions s’ennuient ferme, le Canard enchaîné jette un pavé dans la Seine baignable en se faisant l’écho d’une comédie d’un réalisateur prometteur et rare (primé il y a quelques années pour son premier film), avec une star nationale au casting et un pitch plus que prometteur, torpillée par son producteur et son distributeur qui n’en assurera qu’une sortie dite « technique », c’est-à-dire dans une demi-douzaine de salles perdues en province – la plus proche du grand Ouest, à titre informatif, étant à Bagnoles-de-l’Orne. Le réalisateur, touché, répond dans un autre journal : voilà qui égaye les vacances. Certains titres nationaux envoient alors de courageux critiques pas en vacances dans d’obscures sous-préfectures pour en tirer un papier sur le film lui-même et pas l’épiphénomène de sa non-sortie. Papamobile devient alors un film avec beaucoup de presse, et quasiment aucun spectateur. La rareté créant la valeur (principe économique de base), ou plutôt ici la curiosité, j’étais piqué : je voulais voir Papamobile pour ce qu’on m’en promettait, une comédie ratée avec Kad Merad dans le rôle-titre jouant le Pape (rien que ça !), enlevé au Mexique par une narco-trafiquante. D’autant que ce n’est pas vraiment le Pape mais son sosie (aussi incarné par Kad Merad), qui viendra ensuite au Vatican pour se venger.
Tout ça sent donc bon le nanar, ou en tous cas une vraie bonne poilade. Malheureusement, au visionnage, on comprend les craintes du producteur et du distributeur : ce n’est ni très raté, ni réussi. Outre son idée de départ réjouissante, le scénario est faible, les gags pas très drôles, les acteur·ices pas très inspiré·es (Kad Merad se donne et on regarde pour lui ; sa partenaire, la narcotrafiquante, Myriam Tekaïa, oscille entre un numéro de sous-Laure Calamy et du mauvais boulevard), des scènes sont tirées en longueur sans autre raison qu’atteindre péniblement 1h30 pour respecter le contrat avec les plateformes de streaming…
Mais il faut rendre à Papamobile ce qui lui appartient : avec un budget autour de 2 millions d’euros, on ne pouvait pas s’attendre à une comédie familiale à la française comme il en sort des dizaines, que ce soit dans le sillage des Tuches, de Philippe Lacheau ou de Christian Clavier. Comparons à ce que l’on a vu récemment : Cocorico et Jamais sans mon psy avaient 10 millions, Les chèvres ! 19 millions (!), sans même parler du désastreux Astérix de Guillaume Canet et ses 66 millions d’euros. Contrairement à ces films à l’ambition commerciale sinon humoristique, Papamobile sent bon la débrouille et l’artisanat. Dans ses échecs et trous visuels, ses décors pauvres et costumes Gifi, il rappelle le plaisir primaire du cinéma : raconter une histoire marrante en se déguisant devant un caméscope. Ça ne va pas plus loin que ça et tant mieux.
Évidemment, on est un peu triste parce qu’il y a des idées et qu’elles ne sont pas poussées au bout faute de moyens (une super papamobile son et lumière, entre la Batmobile et le char de carnaval, qu’on ne voit que deux fois), on ne rit pas à toutes les blagues parce que les dialogues sont très paresseux – la mise en scène n’aidant pas – mais il y a une scène d’anthologie vers la fin du film si l’on résiste à l’envie de mieux utiliser son précieux temps sur Terre (1h26, ça peut être long) :
Slim, le sosie du Pape, se retrouve au Vatican à devoir célébrer une messe alors qu’il n’y connaît rien. Au programme, cérémonie de lavage des pieds. Kad Merad se met alors à lécher et sucer goulûment des pieds de cardinaux choqués puis extatiques. Ça sort de nulle part, c’est absurde, gratuit : drôle. Je peux vous garantir que l’image de Kad Merad grimé en Pape, un pied dans la bouche, en gros plan, me restera longtemps.
Il faut regarder Papamobile en connaissance de cause, c’est-à-dire au second degré, et on passe un bon moment. On reste cependant songeur de ce que ce film aurait pu être, au choix : avec un vrai budget, une comédie qui changerait des films de potes de Lacheau ou Canet et des comédies réactionnaires avec Clavier ; et avec une vraie volonté nanardesque assumée et poussée à fond, un film culte.