Une machine révolutionnaire, la DC Mini, permet d’entrer dans les rêves. Cette technique ouvre des perspectives inimaginables pour la psychothérapie, et le docteur Chiba la teste à titre expérimental sur le commissaire de police Toshimi Konakawa troublé par des rêves récurrents. Lorsque trois DC Mini sont volés, les implications cachées de cette technologie apparaissent au grand jour.
Satoshi Kon s’était fait connaître avec Perfect Blue où la confusion entre imagination et réalité était déjà au centre de l’intrigue. Paprika est une suite logique de cette démarche. Avec la fin tragique et prématurée de ce réalisateur, il semblerait que ce film clôt son œuvre en reprenant le rêve qu’il avait entamé au début de sa carrière.
Comme dans beaucoup d’animations japonaises, les graphismes sont irréprochables. La beauté des images, des compositions, le travail sur la lumière et les couleurs, l’aspect visuel de cette œuvre est splendide. De la même manière que dans Perfect Blue, l’ambiance est inquiétante à souhait. En effet, la confusion entre rêve et réalité est poussée à son paroxysme et la mise en scène appuie sur les erreurs d’interprétation des personnages. Le point de vue rationnel, campé par le commissaire, est amené petit à petit à accepter l’étrangeté tout en progressant en parallèle sur sa propre névrose. En comparant les images, il est remarquable de constater la ressemblance physique entre Satoshi Kon et Toshimi Konakawa. Le commissaire étant également fan de cinéma, le réalisateur se serait-il mis en scène dans cette œuvre thérapeutique ?
Le film insiste sur la joie forcée, représentée par le personnage même de Paprika. Cet alter ego (je ne spoile rien) est facétieux et perpétuellement optimiste dans un monde bien moins gai. Paradoxalement, cette joie forcée provoque parfois un désastre et même la mort cérébrale, représentée par la parade délirante qui emporte tout sur son passage. La musique, composée par Susumu Hirasawa, correspond particulièrement à ces archétypes. Plus généralement, la bande-son est très travaillée pour accroître les effets dramatiques ou inquiétants.
Paprika est un classique de l’animation japonaise. Il est malsain à souhait, dérangeant, mais magnifique. À voir donc en étant solidement accroché à son canapé.