Il faut reconnaître une qualité à Paranormal Activity. C'est probablement l'arnaque la plus rentable de toute l'histoire du cinéma. Un type arrive avec 15 000 dollars, trois ampoules IKEA, une caméra achetée chez Darty, deux acteurs payés en tickets-restaurants, un pavillon de lotissement américain et un démon dont le principal pouvoir consiste à faire bouger une couette de trois centimètres. Résultat ? Deux cents millions de dollars. À ce niveau-là, ce n'est plus un succès. C'est un braquage.
Le film est vendu comme une expérience traumatisante. En réalité, tu regardes surtout une maison de bourgeois où un stagiaire EDF passe deux heures à jouer avec les interrupteurs. La lumière s'allume. La lumière s'éteint. La porte grince. Rideau. Ah pardon... La couette a également bougé. Mon Dieu. Appelez immédiatement le Vatican.
Le pire reste ce pauvre Micah. Je crois que rarement un personnage aura donné autant envie de voir le démon gagner. Le mec est un abruti cosmique. Sa copine lui explique qu'elle est suivie depuis l'enfance par une entité démoniaque.
Lui ? Il ricane. Il provoque le démon. Il fait des blagues. Il achète une caméra. Il joue au chasseur de fantômes comme un adolescent qui aurait regardé trois vidéos YouTube sur les EVP. À aucun moment il ne se dit qu'il pourrait... je ne sais pas... écouter sa copine. Même le démon doit finir par penser : « Bon... je vais commencer par lui. Il me fatigue. » Et alors les dialogues... Quel festival. — « Je sens sa présence... » — « Ah ouais ? Bah viens, sale démon ! »
Le scénario est d'une paresse presque admirable. La fille est hantée depuis l'enfance. Très bien. Question. Pourquoi n'a-t-elle jamais consulté personne ? Pourquoi n'a-t-elle jamais cherché sérieusement une solution ? Réponse du film : Parce que sinon il durerait quinze minutes. Et lorsque quelqu'un propose enfin d'appeler un démonologue, Micah sort l'argument le plus débile de l'histoire du fantastique : « Les démonologues aggravent toujours les choses. » Ah bon ? Source ? « T'inquiète frère. »
Extraordinaire. Imaginez un film catastrophe où un personnage dirait : « N'appelez surtout pas les pompiers. Les incendies deviennent toujours pires après leur passage. » De toute manière, le cinéma d'horreur contemporain repose exactement sur ce principe. Les personnages doivent devenir idiots pour que le scénario puisse continuer.
Le film fonctionne ensuite selon une mécanique d'une richesse bouleversante. Plan fixe. Il ne se passe rien. Toujours rien. Encore rien. Une porte bouge. BOUM. Un bruit sourd. Retour au noir. Le lendemain matin : « T'as vu ? — Ouais. — C'était flippant. — Grave. » Puis rebelote. Deux heures. À ce rythme-là, je peux filmer mon frigo pendant une semaine et appeler ça Paranormal Cuisine.
Même les fameux jumpscares donnent l'impression d'avoir été inventés par un artisan radin. Pas de fantôme. Pas de créature. Pas de vision. Juste un gros « BONG » dans les enceintes. C'est le cinéma de l'épouvante réduit au niveau d'une casserole qui tombe dans une cuisine.
Le démon lui-même est fascinant. Le Prince des Ténèbres. Une entité millénaire. Capable de traverser les dimensions. Et que fait-il ? Il gratte des murs. Déplace des draps. Laisse des traces de pas dans la farine. Allume des lumières. Le Mal absolu est devenu concierge de résidence. Et quelle mise en scène...
Des plans fixes. Encore des plans fixes. Toujours des plans fixes. Il y a davantage de mouvements dans une webcam qui filme un parking Lidl. Le film confond immobilité et tension. Ce n'est pas parce qu'une caméra ne bouge pas qu'il se passe quelque chose. Sinon les vidéos de surveillance des stations-service seraient des chefs-d'œuvre d'Hitchcock.
Le plus drôle est que les fans appellent cela du réalisme. Du réalisme ? Personne ne se comporte comme ces gens-là. Personne ne reste dormir tranquillement dans une maison où un démon fait des claquettes toutes les nuits depuis une semaine. Au bout du deuxième soir, n'importe quel être humain normalement constitué dort chez sa belle-mère. Même si elle est pire que le démon.
À la fin, on comprend enfin le véritable phénomène paranormal. Ce n'est pas le démon. C'est le succès du film. Deux cents millions de dollars pour regarder un courant d'air faire carrière. Le véritable esprit maléfique n'habite pas cette maison. Il habite le service marketing.