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le 23 févr. 2015
SuivreC'est la fille.
Paris Texas, c’est l’existence d’un terrain vague au milieu de nulle part, une contrée vide de vie qui ne demande qu’à reconstruire les péripéties d’un passé lointain et oublié. Derrière un accord...
(3.75).
On suit l'évolution à deux temps de Travis. Il est d'abord l'objet passif des lignes de fuites sans fin ni but du Texas, on l'y détourne avec peine, et on le repersonnalise par petites touches, jusqu'à lui faire regagner une volonté et une activité propre. Il reparle et reprend son rôle de père, en essayant de recomposer avec le fossé temporel des quatre précédentes années qui ont séparé toute la fratrie.
Sa relation avec Jane se recoud de manière médiatisée, sous plusieurs aspects. Il la revoit en premier sur un film-vacances, elle est figée dans des mouvements passés, puis elle réapparaît dans un bordel où elle est toujours coincée dans un cadre à contre-jour, qui fait d'elle une irréductible actrice qui ne voit pas qui la regarde. Et finalement le contre-jour s'inverse, et elle devient la spectatrice regardant Travis. Et au bout du compte ils ne se sont jamais parlés en face-à-face de manière égale et transparente, leur relation souffre d'une lacune incurable, d'une distance tragique. La célèbre séquence de l'échange téléphonique depuis le bordel ne brille toutefois pas beaucoup pour sa modestie de mise en scène. On a droit à mille surperpositions de plans faisant réunir les deux amants, toutes poussives et répétées pendant des dizaines de minutes. Et l'idée d'avoir séquestré Jane dans des petites saynètes en carton-pâte pour satisfaire certains fantasmes, par contraste aux horizons dégagés de la 1er séquence, est trop poussé à l'extrême (on montre au moins 5 ou 6 fois, en contre-champ, que les pourtours de l'écran ne sont pas aménagés, pour surligner l'artificialité du lieu et la solitude de leur relation). Plus intéressant, Trevis s'excuse d'avoir été possessif et carcéral, suggérant que Jane se trouve dans cette situation d'androïde sexuel par sa faute, et que c'est leur séparation qui l'a privé de liberté pendant ces 4 années.
Wenders a raboté les enjeux narratifs secondaires. Beaucoup d'entre eux sont laissés en suspend, travaillés, mais non proprement emballées. Le frère de Travis est le protagoniste de toute la première phase, l'intrigue adopte sa perspective, mais après une heure et demi on le délaisse soudainement sans jamais y revenir. Il y a de nombreux autres égrainements laissés en friche de ce type.
Un système de faux échos semble imprégner le propos de Paris, Texas. On présente un terrain désert au Texas appelé Paris, origine du calembredaine du père de Travis concernant la natalité de sa mère, mais Wenders développe Anne, qui est réellement française, et qui ressemble étrangement à Jane, femme de Travis, et qui s'attache avec sincérité à Hunter, fils biologique de Travis (pour ce qu'on soupçonne être une certaine impuissance dans son couple), sans parler du subreptice rapprochement amoureux qu'elle entretient avec Travis lui-même (ce qui est assez clair lorsqu'il visionne le film-vacances et qu'elle est allongée à le regarder en passant ses mains sur la peau). En un mot, Anne se fait une sorte de double incarnation entre Jane et la mère de Travis.
Une très belle maîtrise des jeux de lumières bleu et rouge. Elles sont utilisées quand Anne révèle à Travis la localisation de Jane, et quand Travis s'adresse lors de la seconde fois à Jane dans le bordel. Elles font prendre un virage formaliste inattendue au film. Et elles font sens si on repense à la marche maniérée de Travis, ou à l'accent français légèrement forcé d'Anne, ou à la poupée sexuelle qu'est devenue Jane : ils subissent tous une certaine réification et caractérisation, ce qu'achève de signaler le duel des couleurs primaires rouge et bleu. Travis dit s'être réveillé par des flammes bleues le matin où Hunter et Jane se sont enfuis : il porte une rage qui s'est cristallisée.
On peut se plaindre de certaines longueurs et de quelques scènes juxtaposées à la trame sans y être intégrées, en particulier celle où Travis cherche à s'habiller like à rich father sous les conseils de la femme de ménage.
Le film a d'indéniables qualités, il mérite son succès, mais il se prête à tels sur-interprétations auprès de quelques fanatiques qu'il peut décevoir celui qui s'y intéresse après avoir pris connaissance de leurs avis dithyrambiques.
Créée
le 10 juil. 2025
Critique lue 5 fois
10
le 23 févr. 2015
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