(3.25).
1985, cette petite ville des Landes irlandaises, encore sous l'emprise des clochers chrétiens, nous ferait presque croire qu'elle appartient toujours à l'époque victorienne. Chauffage au charbon, technologies élémentaires, et surtout niveau moral arriéré. La ville est encrassée de ses vices, on n'y distingue presque personne, ce sont tous des silhouettes obscurcies par leur laideur morale, et fondues à ces ruelles charbonneuses qui sont le théâtre de la dégradation féminine. La magie de Noël des 80s n'est pas exactement au rendez-vous.
Mais cette pègre qui fait office de norme se blanchit à l'eau bénite des nones. Leur bassesse s'autoperpétue par la structure d'autorité de l'Église, qui préempte les jeunes filles une fois brisées par la lubricité masculine à laquelle elle incite afin d'en récupérer la descendance.
Cette ligne directrice d'idées ne se perd pas en sous-intrigues, mais souffre de lourdeurs récurrentes, en grande partie en raison des flash-backs incessants qui nous force à interpréter Bill sous son aspect enfant-naïf-sensitif (quand bien même cette insistance est de toute évidence consciente). Et un certain simplisme dans la caractérisation des autres personnages est à déplorer, on pensera au moment où Eileen reçoit l'argent des nones, qui devait acheter le silence de Bill, sans plus se demander pourquoi elle recevait une telle somme, et se contente de leur gentillesse comme explication. (On voit que l'actrice était elle-même peu convaincue par cette idée derrière son jeu.)
Pourtant le pari qui fait de Bill notre fenêtre sur les dessous moraux des habitants est gagnant. Cela permet simultanément sa propre caractérisation et la leur. Il sort des arrière-plans viciés et de l'aveuglement volontaire, faisant de lui le témoin invisible qui désapprouve secrètement ce qu'il voit. Sa prise d'initiative est souvent fébrile, mais progresse à mesure qu'il s'avance dans les bâtiments sacerdotales.
Comprendre Bill en tant qu'homme efféminé est sans aucun doute justifié et pertinent. Ses deux foyers familiaux, celui de son enfance et d'aujourd'hui, ne sont presque constitués que de femmes, à origine de son intégration à la sororité. Et à l'occasion d'une prière à l'Eglise, on crée une dissonance (assez explicite) entre l'appel à la virilité paternelle dans un verset biblique et sa propre condition de père de famille conciliant.
Mais ce qui le différenciera ultimement de la norme masculine sera son comportement actif du dernier segment, perspective qu'on oublierait volontiers compte-tenu de son mutisme et de sa placidité. Mais il est certainement plus facile d'être affirmatif à celui qui consent aux agissements du pouvoir en place, qu'à celui qui ni ne veut s'y soumettre ni s'y opposer frontalement.
Pourtant Bill libère Sarah des nones, et acte par-là une révolution individuelle que le hors champ nous identifie comme irréversible. Le silence qui était jusqu'à là entretenu a été rompu, donc ce qui suit ne relève plus du matériau de Tu ne mentiras point, on peut couper ici, l'impératif religieux éponyme a été respecté, au moins une fois.