- Parker, deux millions chacun. On a un type à nous à l’intérieur. Ce sera le coup du siècle, et ça je te le garantis.
- On avait un deal, on a dit qu’on partagerait, c’est ce qu’on va faire.
- Bon, je vais jouer cartes sur table. J’ai besoin de toutes les thunes pour ce casse. Alors, si t’étais moi, tu ferais quoi d’un gars comme toi ?
- Je ferais le partage, et on n’en parle plus.
- Et si t’avais pas l’intention de partager ?
- Je le tuerais avant qu’il ne soit trop tard.
Entre gens civilisés, il y a des règles. Voici les miennes…
Parker est un film américain réalisé par Taylor Hackford, à qui l’on doit quelques titres culte comme L’Associé du Diable, Ray ou encore L’Échange, ainsi que d’autres films. Il s’attaque ici à l’adaptation du roman Flashfire de Donald E. Westlake, écrit sous le pseudonyme de Richard Stark, et met en avant Parker. Mais qui est Parker ? Parker est un personnage devenu emblématique en tant que braqueur indépendant, d’abord dans l’univers littéraire puisqu’il est le héros d’une série de 24 romans débutée en 1962, mais aussi au cinéma, où il a été adapté dans de nombreux films par des comédiens reconnus et réalisé par des cinéastes renommés : en 1966 avec « Made in USA » de Jean-Luc Godard, où Anna Karina incarne Parker ; en 1967 avec « Le Point de non-retour » de John Boorman, où Lee Marvin devient Parker ; la même année avec « Mise à sac » d’Alain Cavalier, où Michel Constantin reprend le rôle ; en 1968 avec « Le Crime, c’est notre business » de Gordon Flemyng, où Jim Brown devient le braqueur emblématique ; en 1973 avec « Échec à l’organisation » de John Flynn, où Robert Duvall endosse également le costume ; en 1983 avec « Slayground » de Terry Bradford, où Peter Coyote incarne à son tour le braqueur ; en 1999 avec « Payback » de Brian Helgeland, où c’est au tour de Mel Gibson d’incarner Parker ; et enfin en 2025 avec « Play Dirty » de Shane Black, où Mark Wahlberg est le dernier à l’incarner. Vous l’aurez compris, Parker est bien plus qu’un simple prénom dans le décor américain. C’est une figure classique du polar, un nom qui traîne derrière lui des décennies de braquages, de codes d’honneur rigides et de règlements de compte. Un personnage culte que Taylor Hackford décide à son tour d’approcher en 2013, et conscient qu’il ne s’agit pas seulement d’adapter un roman, mais d’hériter d’un mythe fictionnel autant littéraire que cinématographique, il choisi Jason Statham pour endosser le costume du braquo « Praker ».
Parker (Jason Statham) est un pro qui a des valeurs, faisant de lui, par principe, presque un héros, bien qu’il reste un criminel. Seulement, ce qui l’agace par-dessus tout, c’est qu’on les transgresse. Dans ce cas-là, attention à vous, car s’il doit tuer quelqu’un, il le fera, même désarmé, sans aucune pitié. Il n’a qu’une parole et fera tout pour la respecter. Une conception bien personnelle de la justice, c’est pourquoi mieux vaut ne briser ces valeurs sous aucun prétexte. Il va droit au but. Il sait ce qu’il veut et comment l’obtenir, sans jamais renoncer. Et ce qu’il veut, c’est Melander (Michael Chiklis), et ses trois acolytes, Carlson (Wendell Pierce), Ross (Clifton Collins Jr.) et August (Micah A. Hauptman), qui l’ont laissé pour mort après l’avoir entubé juste après un braquage dans lequel ils faisaient équipe. Parker n’a plus qu’une idée en tête : se venger par principe et récupérer sa part, ce qui va le conduire à Palm Beach, en Floride, où Melander prépare un coup bien plus vaste. Parker va vouloir, à son tour, lui régler son compte mais sans oublier au préalable de l’entuber à son tour, ce qui l’amènera à rencontrer sa nouvelle équipière improvisée, l’agent immobilier Leslie Rodgers (Jennifer Lopez). Un règlement de comptes porté par une réalisation soignée, soutenue par la direction artistique efficace de Missy Stewart. Les décors de Mara LePere-Schloop, alliés à la photographie de J. Michael Muro, offrent un rendu visuel propre et cohérent, renforçant l’identité polar du film. La composition musicale de David Buckley se montre solide sans être inoubliable, avec des morceaux comme Nothing But Bills ou le thème de Parker, dont les riffs de guitare accompagnent efficacement le récit de Taylor Hackford.
- Tu n’as jamais de remords, vu ce que tu fais ?
- On est tous des voleurs, Leslie. Certains l’admettent, mais d’autres pas. Voler, c’est typiquement humain. C’est pour ça qu’on a inventé les serrures. Tu crois que les gens qui sont dans ces baraques ont des remords ? Leurs grands-parents et arrière-grands-parents ont les mains sales et ils s’en réjouissent.
- Comment tu peux réussir à dormir la nuit ?
- Je ne bois pas de café après 19 h.
Sur un scénario de John J. McLaughlin, Taylor Hackford nous plonge dans un thriller d’action nerveux où braquages, infiltrations et règlements de comptes constituent la colonne vertébrale du récit, avec une violence qui occupe une place centrale. Rarement Jason Statham aura été montré dans un état aussi vulnérable. Couvert de sang, sérieusement blessé à plusieurs reprises, il sort rarement d’une confrontation indemne, encaissant balles et coups de couteau avec une brutalité qui tranche radicalement avec son image habituelle de machine invincible distributeur de tatanes aux chorégraphies surpuissantes. Le film s’emploie justement à déconstruire ce mythe du héros indestructible. Je rassure, Parker sait frapper, mais il reçoit tout autant, et chaque impact laisse une trace. On est loin des affrontements chorégraphiés contre des archétypes musclés surdimensionnés et idéalisées. Les personnages paraissent au contraire plus réels, tangibles et faillibles. Quand ça frappe, ça fait mal. Quand une lame pénètre, ça laisse des traces. Et lorsqu’une balle part, la mort n’est jamais loin. Les combats sont filmés au plus près, avec fluidité et lisibilité, loin des caméras tremblantes et du chaos artificiel qu’on retrouve trop souvent dans ce type de films. Chaque impact respire l’adrénaline et la tension, rendant les affrontements viscéraux et crédibles. L’autre réussite réside dans les scènes de braquage qui sont bien construites et loin d’être de simples transitions entre des règlements de compte. Elles occupent une place majeure dans la narration en mêlant infiltration, manipulation et coups fourrés, donnant au film une double dynamique efficace, entre le polar de vengeance et le braquage savamment orchestré, ce qui nous maintient embarqué du début à la fin. Un braquo aux allures de vengeance. Seul petit regret avec l’intégration de quelques flashbacks que je trouve assez mal insérés dans le récit.
Côté casting, c’est le pied intégral ! Dans un même film, pouvoir voir Jason Statham se foutre sur la tronche contre l’excellent et imposant Michael Chiklis, mais aussi le charismatique Daniel Bernhardt, le tout accompagné d’une pointure comme Nick Nolte, sans oublier Jennifer Lopez, c’est juste mortel ! Jason Statham est vraiment bon dans le rôle de Parker et parvient à se détacher de ce qu’il a l’habitude de proposer lorsqu’il incarne un gros dur. Il n’a rien à envier à Mel Gibson, Robert Duvall ou encore Lee Marvin dans le même rôle. Daniel Bernhardt, dans le rôle de Kroll, le tueur à gages, ne parle pas beaucoup mais s’impose malgré tout. Il nous offre un combat contre Statham d’une violence surprenante, plus acharné que technique. Jennifer Lopez, en tant que Leslie Rodgers, vient un peu désamorcer la testostérone ambiante du film, et elle le fait très bien. Mieux encore, son personnage, novice dans ce monde illégal, offre un contraste convaincant et fonctionne parfaitement avec Statham. Elle est accompagnée d’Emma Booth, qui incarne Claire, la compagne de Parker. Claire est un personnage féminin crédible, qui fait front face au travail illégal de son compagnon et l’accepte. Elle n’est qu’à moitié surprise lorsqu’un tueur débarque chez elle, et parvient à fuir la demeure avec ingéniosité, pensant même à crever le pneu de son poursuivant. Trop forte, Claire. La petite présence de Nick Nolte dans le rôle de Bob Hurley n’est pas négligeable, mais le pompon revient sans conteste à Michael Chiklis. Il en impose toujours autant et fout la trouille lorsqu’il pète les plombs. Avec Melander, Chiklis n’incarne peut-être pas le plus grand antagoniste d’un film avec Jason Statham, mais il marque clairement le long-métrage de sa présence. Et le combat final entre lui et Statham, bien que court, reste extrêmement impactant.
CONCLUSION :
Parker est un polar musclé, réaliste et tendu, porté par un Jason Statham plus rude et vulnérable que jamais, des antagonistes marquants et des braquages intelligemment orchestrés. Taylor Hackford livre un spectacle qui frappe fort et ne laisse aucun répit.
Un vrai plaisir pour les amateurs du genre.
- Je veux que ces fumiers me paient ! Question de principe.
- De principe ? Tu veux sacrifier ta vie pour une question de principe ? La mienne, celle de Claire ? C’est vraiment ça que tu veux ?
- Tu as failli mourir en prenant l’avion. Si ça doit arriver, ça arrivera. Quand ton heure est venue, tu n’as aucun contrôle. Moi, quand je fais un marché, je veux que tout le monde respecte les termes du contrat. Se faire rouler et ne rien dire revient à laisser le chaos s’emparer de sa vie.