"Beauty is like wars : it opens doors"

Parthenope fait partie de ces films qui nécessitent du temps pour être digérés, pour être assimilés. Peu sont les films qui mûrissent dans les heures qui suivent une projection, qui restent en nous longtemps après que les lumières de la salle se soient rallumées. Parthenope fait partie de ceux-là : le film de Paolo Sorrentino a été une vraie claque cinématographique et esthétique, une baffe visuelle déroutante.

Car le long métrage du maître italien n’est pas facile à cerner. Il convoque bien sûr des thématiques qui lui sont chères : la mythologie – grecque ici, avec ce personnage de Parthénope qui fait à la fois référence à une sirène (Ulysse résista à son chant dans l’Odyssée d’Homère), à la virginité (parthenos signifie "jeune fille vierge" en grec ancien) et qui est également l'éponyme antique de la ville italienne de Naples, où se déroule le film et où est né Sorrentino – ; mais également une certaine forme de divin, de sacré, de beauté spirituelle. Un thème que l’on retrouve dans tous ses films, de La grande Bellezza à Youth, en passant par son dernier long métrage sorti sur Netflix La Main de Dieu, ainsi que dans ses deux séries sur le Vatican, The Young Pope et The New Pope.

De l’intrigue, nous n’en dirons rien ou presque. Non pas que le film possède de nombreux rebondissements ou twists saisissants, mais parce qu’il est à apprécier comme un voyage, une épopée, une ode à l’amour et à la liberté (c’est d’ailleurs ce qui peut dérouter une partie du public). Nous dirons simplement qu’il raconte l’histoire de la jeune Parthenope, de sa naissance dans les eaux de la baie de Capri dans les années 1950 à sa retraite en 2023 d’une vie universitaire bien remplie, avec une attention toute particulière à ses années charnières de passage à l’âge adulte.

Parthenope est l’exacte opposée de The Substance. D’un côté – dans le film de Coralie Forgeat – nous avons une beauté pulpeuse, voyeuriste, qui utilise ses atouts pour s’élever en société et gagner en célébrité, qui est prête à tout au nom de la popularité, au point de devenir un monstre. Une bimbo sans cervelle. Parthenope au contraire est une beauté naturelle, sans fards et sans héroïsme, qui joue de sa grâce pour séduire, mais sans velléité d’ascension sociale. Elle est évidemment consciente de ses qualités physiques, mais la séduction reste pour elle un jeu : elle n’en fait jamais un moyen de s’enrichir. En pleine fleur de l’âge, on lui propose par exemple de devenir actrice, de mettre sa grande beauté au service du cinéma. Mais elle se rend compte rapidement que ce monde n’est pas fait pour elle. Au contraire, sa beauté n’égalant que son intelligence, elle poursuit une brillante carrière universitaire en anthropologie.

Pour incarner la jeune fille, il fallait une actrice sublime et lumineuse, une jeune première. Le choix de Sorrentino s’est très justement porté sur l’italienne Celeste Dalla Porta, solaire, qui trouve ici son premier rôle. Et quel rôle ! On en tomberait amoureux ! D’une beauté simple et émouvante, l’actrice est capable, souvent d’un simple regard, d’une palette de sentiments impressionnante. Gary Oldman, qui incarne un riche écrivain désœuvré, lui dira d’ailleurs que sous ses traits de nymphe, « tu peux tout obtenir, sans même demander ».

La ville de Naples joue également un rôle central dans le long métrage, comme un personnage de Parthenope. Le réalisateur explique : « Naples est libre et dangereuse, elle ne juge jamais. Comme Parthénope. Naples est l’endroit idéal où avoir l’illusion d’une vie imprévisible et merveilleuse ». On y voit de magnifiques palaces bordant une baie idyllique, mais également les ruelles étroites où vivent le bas peuple, et où l’emprise de la Mafia n’est jamais loin.

Il faut dire un mot sur l’image du film, tout bonnement magnifique. Elle est l’œuvre de Daria D’Antonio, une directrice de la photographie napolitaine reconnue, qui avait déjà travaillé aux côtés de Sorrentino sur La Main de Dieu, film qui lui avait valu en 2022 le Donatello (l’équivalent italien de nos César) de la meilleure photographie. Dans Parthenope, chaque plan est un tableau, où les couleurs du Sud pétillent. Un régal pour les yeux !

Enfin (et comme sur chacun de ses films) Paolo Sorrentino a eu ici une attention toute particulière aux musiques, proposant du classique comme du moderne, et invitant des chanteurs italiens comme Riccardo Cocciante (et sa magnifique chanson Era Gia Tutto Previsto, que l’on entend d’ailleurs dans la bande annonce), ou encore le génie français de la trompette Ibrahim Maalouf.

Sélectionné en Compétition à Cannes où il est malheureusement reparti bredouille, Parthenope est un magnifique film sur les amours vraies, sur la jeunesse de l’insouciance, sur la beauté mélancolique, inévitablement rattrapé par la tragédie. Avec son actrice qui ensorcelle et sa sublime photographie, c’est un long métrage difficile à appréhender, mais qui sait envouter le spectateur qui accepte le voyage !

D. Styx

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