Avec Parthenope, Paolo Sorrentino poursuit son dialogue obsessionnel sur la beauté et l’évanescence. Ce portrait d’une femme à la fois objet de fascination physique et intellectuelle, incarnée par Celeste Dalla Porta, convoque tout le cinéma de son cinéaste.

Dès son titre, Parthenope inscrit son héroïne dans la mythologie napolitaine. Fille-sirène échouée sur la côte, légende d’une beauté qui se consume dans son propre chant, Parthenope est ici une jeune femme dont l’existence semble suspendue entre l’admiration qu’elle suscite et le vide qu’elle ressent. Loin de la quête existentielle, elle incarne une jeunesse qui ne se sent déjà plus jeune, un beauté qui se sait éphémère. Sorrentino filme son errance avec la fascination d’un peintre de la Renaissance, traquant la lumière sur sa peau, le reflet d’un monde qui la regarde plus qu’il ne la comprend.

Parthenope fait de Naples un territoire du mythe, un espace où le réel et l’imaginaire se confondent. La ville devient un personnage, une présence qui hante l’héroïne autant qu’elle la définit. Sorrentino y insère des figures masculines : un prêtre âgé, un vieil homme homosexuel et intellectuelle : Eux voit en elle la réminiscence de leurs désirs passés, une figure de papier à laquelle il aimerait donner un destin. Elle lutte pour exister en dehors du regard des hommes, tentant de s’extraire du rôle d’icône qu’on lui assigne. C’est là que le film trouve sa véritable profondeur, Parthenope pose la question de la liberté des corps admirés.

Autre motif troublant : la relation teintée d’une tension érotique avec son propre frère. Sorrentino pousse ici son exploration du désir jusqu’à ses frontières les plus troubles : Parthenope est si enfermée dans son image que l’autre devient un reflet d’elle-même.

Visuellement, Parthenope est une épure dans la filmographie de Sorrentino. Moins baroque que ses précédents opus, il privilégie les plans fixes, la langueur des regards, la contemplation d’un monde où les gestes comptent autant que les mots. Pourtant, cette sobriété nouvelle ne signifie pas l’abandon de la virtuosité et de la surprise.

cadreum
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le 18 mars 2025

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