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Parthenope est un grand film, un film qui nous emmène au cœur même de l'expérience cinématographique. Sa grandiloquence, ses excès, son esthétisme forcené sont entièrement au service d'un questionnement sur la fascination pour les images.


Descendu par la critique, Parthenope a tout du film incompris. C'est un film qui est souvent interprété pour ce qu'il n'est pas. Ce n'est pas un film sur une trajectoire de vie. Il n'y a pas à "comprendre l'histoire" pour dégager du sens. Et c'est souvent la force du cinéma de Sorrentino : plaquer des vérités à même l'écran au sens plastique. C'est un film qui nous invite à voir, comme l'indique l'anthropologue pendant le film. L'enjeu est au niveau esthétique.


Est-ce un film male gaze ? Assurément. Il ne pouvait en être autrement. Et j'ajouterais que c'est un film male gaze jusqu'à l'écœurement, un film dans lequel Parthenope crève presque littéralement l'écran. Tout est trop beau. Trop, car dans un excès tel qu'il finit par nous rendre la beauté insoutenable. L'image est complètement aspirée par la beauté.


Sorrentino, comme souvent, enchaîne les scènes non sur le mode entièrement narratif, mais sur celui de l'exploration thématique. Si les premières scènes installent un esthétisme pompeux, presque parfait, si les premières scènes célèbrent la beauté, c'est pour mieux la confronter et la mêler à la laideur, jusqu'à ne plus pouvoir les distinguer. "Le laid c'est le beau" comme disait Victor Hugo. Il faut le prendre ici au sens fort : le laid c'est le beau, et le beau c'est le laid, et l'un et l'autre ne font finalement qu'un. En témoigne la rencontre avec le prêtre, ou celle avec le fils de l'anthropologue. Car le laid et le beau produisent des images puissantes.


Parthenope est une pure image. Une pure image qui essaie de changer de statut, qui essaie de crever l'écran, de sortir du dispositif. Elle nous questionne. Quelle vérité pour le cinéma ? Comment transcender cette image toujours là ?


Etre une image c'est être frappé du sceau de la malédiction. C'est n'exister qu'en tant qu'incarnation physique, c'est être coincé dans un monde de représentations. C'est ainsi que Parthenope finira seule lorsqu'elle ne fascinera plus, c'est ainsi que le monde se jouera ailleurs, en d'autres images - footballistiques par exemple - lorsqu'il l'aura épuisée.


Et la force de ce film réside finalement en ceci qu'il nous invite à voir. C'est du cinéma. Quiconque ne prend pas les mots de l'anthropologue au sérieux passe complètement à côté du film. Ses mots sont une clé qui permet au spectateur d'aller au-delà de cette expérience difficile faite d'écœurement et de fascination mêlés. C'est une clé qui permet de comprendre ce que cette expérience a en soi de critique.


La vérité de Parthenope se situe au-delà des enjeux sociaux, au-delà du male gaze. En montrant sans vraiment raconter ce qu'il prétend raconter, en invitant le spectateur à ouvrir son regard, pour finalement éprouver ce que l'image peut avoir de fascinant - avec parfois un érotisme saisissant - et de terrifiant en même temps, Parthenope se situe au-delà du récit.


Je dirais donc que Parthenope raconte l'histoire d'une pure image qui prend conscience de son pouvoir mais aussi de la malédiction qui s'y rattache. C'est l'histoire d'une image qui cherche à devenir davantage qu'une simple image, une image qui joue avec le dispositif jusqu'à en chercher les limites. C'est un film qui questionne le potentiel mais aussi la nature même du cinéma. C'est du grand cinéma.

King-Jo
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le 5 avr. 2025

Modifiée

le 5 avr. 2025

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King-Jo

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