Voir le film

Il y a des gens envers qui on n'a jamais envie d'être objective. Moi, c'est Paolo. Je pardonne tout à Paolo : la longueur de ses films, leur lourdeur par endroits, leur extravagance, leur démesure. Je le défends sur tous les fronts, je dis des trucs du genre "il a les défauts de ses qualités !" ou "rien que pour cette scène, on peut fermer les yeux sur le reste !!". Mais pour la première fois Paolo, ça va pas être possible, j'ai eu beau essayer, minute par minute, de rester à tes côtés devant Parthenope, force est d'admettre qu'au moment du générique je t'ai très mal parlé dans ma tête, déçue comme si t'avais trahi ma confiance et mon dévouement sans faille.

Parthenope, c'est une super belle fille napolitaine dont tout le monde tombe toujours amoureux. Elle sert à ça en premier lieu : à être dévorée des yeux, à servir de bonbon dans tous les lieux où elle met les pieds. C'est une sorte de fantasme absolue pour Paolo, qu'il a façonnée afin qu'elle agisse comme la personnification de tout ce qu'il le fait bander : elle est étudiante en anthropologie parce que c'est super sexy et que ça lui permet de philosopher une scène sur deux (parce qu'une bimbo au cerveau vide, c'est pas attirant) ; elle ne dit pas souvent non, mais n'affirme pas trop ses désirs non plus, elle se laisse porter quoi ; elle adore être toute nue ; elle rend les hommes un peu fous (après tout, elle a le nom d'une sirène) ; comme elle ne dit pas grand chose sur elle, ils peuvent projeter sur elle tout ce qu'ils veulent. Surtout, elle est fascinée et attirée par les hommes plus vieux, un peu bedonnants, un peu paumés, que ce soit le semi dépressif Gary Oldman ou le prêtre un peu dégueu qui garde le sang de St Janvier. Souvent, on lui demande, "à quoi tu penses ?", et elle ne répond pas, car répondre ce serait complexifier son personnage et ce n'est pas nécessaire puisqu'elle est très jolie. Une fois quand même, c'est elle qui demande "tu veux savoir à quoi je pense?", et devinez ce qu'on lui répond ? "Non".

Le synopsis est assez simple : un récit de son rapport aux hommes et à la sexualité de son adolescence à sa vieillesse. Evidemment, elle ne couche plus avec personne quand elle est vieille, parce que ce qui la caractérise avant tout, c'est sa beauté et sa jeunesse, alors elle philosophe devant les fans du SSC Napoli. Pour Paolo, quand les femmes deviennent vieilles, elles se font soit aigries et désespérées, soit lesbiennes.

Pour construire son scénario, Paolo a fait un tour de ses rubriques pornos préférées, qu'il présente une à une avec soin : l'inceste avec le frère, le plan à trois, le sacrilège d'une baise dans l'église, la première fois devant un public lubrique, le voyeurisme, un petit détour lesbien mais bon pas trop quand même parce que ce qui compte dans le film, ce sont les hommes. On a la vague impression que le film lui permet de réaliser tous ses fantasmes adolescents jamais aboutis. Quand il était jeune, il avait dû passer devant la fenêtre d'une super belle fille, l'avait observée de loin, puis était reparti. Il le met dans le film, mais cette fois, la fille s'avance langoureusement vers lui et se fout à poil, le laisse la mater en souriant, puis repart. Qu'elle est gentille, Parthénope. Elle semble guérir beaucoup des frustrations de Paolo, un peu comme une psy aurait pu le faire mais là au moins ça lui rapporte de l'argent au lieu de lui en coûter ! Malin. Mais bon, il faudrait pas que ce soit trop visible non plus, ce délire de concrétiser des rêves mouillés d'adolescent, alors il recouvre le tout de tout plein de citations profondes sur la vie, pour rappeler que quand même, c'est un film d'intello. On crie moins au scandale quand c'est un film d'intello.

Car ATTENTION je suis mauvaise langue et à côté de la plaque ! C'est pas un cas d'école d'un male gaze franchement anachronique puisqu'en fait Parthenope n'est pas une vraie femme mais plutôt la personnification d'une Naples adorée autant qu'elle est haïe, mal aimée par ceux qui prétendent l'aduler, inaccessible, anarchique, maligne et redoutable !! Tout est SYMBOLE, il suffit d'aller voir les autres critiques, et c'est vraiment une lecture de bas étage que de dire que c'est un peu dingue de voir encore des films comme ça aujourd'hui.

Alors oui l'actrice est probablement la plus belle femme du monde. Paolo a l'air carrément choqué de sa trouvaille, au point de mettre une scène sur deux au ralenti pour qu'on ressente la même émotion que lui à la vue de ses seins. Mais ça m'aurait suffi de la voir dans un spot pour parfum ou pour Saint Laurent, qui signe les costumes. Enfin à la réflexion c'est déjà un peu le cas vu l'étalage de marques de luxe permanent dans le film. Au moins ça aurait été honnête, comme démarche, qu'on me vende sa plastique pour sa plastique plutôt que d'essayer de l'envelopper d'un voile de références à Levi-Strauss et à Nietzsche. Enfin, enveloppée d'un voile transparent hein. Ce serait dommage qu'on voit pas son corps.

Sans rancune, Paolo, au fond je suis contente pour toi.

canutins
4
Écrit par

Créée

le 26 mai 2025

Critique lue 62 fois

canutins

Écrit par

Critique lue 62 fois

3
7

D'autres avis sur Parthenope

Parthenope

Parthenope

2

Totallytig

2 critiques

Prétentieux et vide

Ça ne raconte rien, ci ne n’est une vague allégorie de la ville de Naples à travers l’objectification ultime d’une femme. Elle est a la fois la jeune fille parfaite et inaccessible et le stéréotype...

le 22 mai 2024

Parthenope

Parthenope

7

Yoshii

252 critiques

Siren call

Sorrentino a probablement toujours été animé par la volonté d’inscrire son art dans la mythologie matrice originelle de toutes les légendes, voire dans le divin. Dès les premiers plans le cinéaste...

le 13 mars 2025

Parthenope

Parthenope

5

Sergent_Pepper

3174 critiques

Perfect gaze

Paolo Sorrentino, lorsqu’il s’agira de revenir sur sa carrière, aura au moins eu le mérite de faciliter a tâche des historiens du cinéma par une constance sans faille. Amoureux de Naples, sa ville...

le 12 mars 2025

Du même critique

Civil War

Civil War

2

canutins

11 critiques

La zone sans intérêt

Alex Garland avait prévenu: il ne cherchait pas à faire un film “de guerre”, mais plutôt à explorer de manière presque anthropologique la violence, à hauteur d’homme – en l’occurence, de...

le 21 avr. 2024

Challengers

Challengers

5

canutins

11 critiques

De l'importance de savoir rebondir

5 comme un match nul. Après le succès de Call me by your name et le flop de Bones and all, Luca Guadagnino devait trouver une manière de remettre son amour de la techno, des relations homoérotiques...

le 26 avr. 2024

The Return, le retour d'Ulysse

The Return, le retour d'Ulysse

6

canutins

11 critiques

Mythe-mac sur Ithaque par la section spé théâtre

Après 20 ans d'errance, Ulysse retourne enfin à son royaume d'Ithaque, où vivent encore sa femme et son fils, assiégés par une quinzaine de prétendants qui courtisent la première et harcèlent le...

le 18 juin 2025