Dans un univers désolé, un homme accueille et contrôle des femmes désemparées et leurs nouveaux-nés, qu’il élève comme ses propres enfants. Des enfants occasionnellement tueurs à gages. Voilà l’argument étrange d’un film étrange, jusque dans son titre (« partisan » de quoi ?), avec des défauts qui sautent aux yeux, et des qualités qui paraîtront des défauts à certains spectateurs.

Ça m’a d’ailleurs intrigué, en regardant l’interview du réalisateur qui agrémente le DVD, de remarquer que ce qui paraît évident à Ariel Kleiman à propos de son film l’était nettement moins pour moi. Je ne parle même pas encore des intentions artistiques, mais simplement de ce que le film raconte : il s’agirait d’un film de fin du monde, là où j’ai vu un film d’après-guerre – d’une guerre incertaine et hors du temps, si on veut, mais certainement pas d’une apocalypse.

Il y a assurément quelque chose de contradictoire, par exemple, à filmer comme un espace de liberté l’espèce de ruine urbaine géante qui entoure la petite communauté, tout comme il est étrange de présenter d’entrée Gregori / Vincent Cassel comme une sorte de Christ portant sa croix – « Laissez venir à moi les petits enfants », je veux bien, mais où seront la souffrance et la portée rédemptrice du personnage ? Ou comment faire croire, dans le récit, que le patriarcal Vincent Cassel ait pu maintenir sa petite communauté sous emprise pendant plus de dix ans puis perdre le contrôle devant les premiers signes avant-coureurs de la crise d’adolescence de « son » aîné ?

Tout cela enlève de la densité au film, ce qui ne serait pas gênant si l’on n’y soupçonnait pas quelque maladresse.

Parce que pour contrebalancer quelques scènes très « gros sabots » (la musique n’aide pas), il y a dans Partisan de très bonnes choses : une réflexion non dénuée d’intérêt sur la parentalité, l’éducation et la part de manipulation qu’elles impliquent, sur l’émancipation préadolescente aussi, car Gregori échappe autant à Alexander que l’inverse ; un duo de personnages extrêmement beaux, chacun à sa manière, et si imbriqués que Kleiman en oublie de filmer le reste ; un duo d’acteurs remarquables qui, d’un regard, d’un geste, d’une attitude, sauvent de la banalité une réalisation parfois un peu fade ; deux ou trois scènes où le spectateur oublie tout, manipulé par le récit comme Alexander et les autres par Gregori, et notamment cette fin qui pourrait être du Haneke.

Le film livre tout ça en vrac, un peu comme mes idées dans le paragraphe ci-dessus, mais c’est aussi ce qui fait son charme.

Alcofribas
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 8 sept. 2026

Critique lue 3 fois

Partisan

Partisan

6

Selenie

le 8 mai 2015

Suivre

Critique de Partisan par Selenie

Le réalisateur australien imagine une sorte de gourou qui décide de créer une communauté à son image, retiré du monde extérieur et en créant son propre harem... Seul homme de sa communauté il se...

Partisan

Partisan

9

Karel_F

le 14 mai 2015

Suivre

Partisan, un paradis perdu

Un homme, Gregory, décide de prendre des femmes maltraitées par la société et de les emmener dans son antre coupé du monde. Le titre du film reflète exactement ce que sont ces femmes et leurs...

Partisan

Partisan

8

Antofisherb

le 22 mai 2015

Suivre

Fermer les yeux et se boucher les oreilles

Le premier plan du film est un plan d'abord fixe, puis suivant une mère et sa fille, prenant un raccourci aux écarts de la ville. Quelle ville, on n'en sait rien, elle pourrait totalement être...

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

9

Alcofribas

le 6 août 2013

Suivre

Littérature

Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...

Un roi sans divertissement

Un roi sans divertissement

9

Alcofribas

le 4 avr. 2018

Suivre

Façon de parler

Ce livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...

Le Jeune Acteur, tome 1

Le Jeune Acteur, tome 1

7

Alcofribas

le 12 nov. 2021

Suivre

« Ce Vincent Lacoste »

Pour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...