[La contrepèterie s'imposait non ?!]
Ingénieur chimiste, Panfilov aurait décidé de faire du cinéma après avoir vu Quand passent les cigognes, le chef d'oeuvre de Kalatozov. Il se serait alors mis en quête de sa Tatiana Samoïlova... et l'aurait dégotée, jouant la sorcière Babayaga dans un petit théâtre, en la personne d'Inna Tchourikova.
Bingo. Cette jeune actrice est extraordinaire. Panfilov la prendra pour femme, ce qui fera oser le rapprochement avec le couple Fellini-Giulietta Masina. Pas idiot : comme elle, Inna Tchourikova n'est pas un canon de beauté, mais quelle expressivité ! La scène où elle montre ses dessins à son collègue est extraordinaire : on voit passer tour à tour sur son visage l'inquiétude, le plaisir, l'anxiété, la révolte, la déception... Elle rend la scène tout à fait passionnante. De même ses réactions face au colonel, dans la scène finale. C'est tout un paysage qui passe sur son visage.
Les scènes avec son amoureux sont également pleines de charmes : lorsqu'ils se découvrent et que le jeune accordéoniste lui fait des clins d'œil alors qu'elle adopte une pose avec sa casquette ; lorsqu'il l'embrasse et qu'elle regarde ailleurs ; et surtout lorsqu'ils se quittent sur le quai alors qu'un train emmène son Alyocha : tous deux se mettent à pleurer et c'est tout à fait poignant.
Le pitch est simple : Tanya, une jeune aide-soignante, trouve l'amour et sa vocation artistique lors des jours de feu de la révolution bolchevique. "Pas de gué dans le feu" signifie "pas de place pour la neutralité, pour la demi-mesure" dans de tels moments historiques. Or l'âme de Tanya ne la porte pas vers la politique : c'est "un coeur simple", une âme pure, qui s'enthousiasme pour la nature environnante ou pour un chien abandonné. On pense à L'Idiot de Dostoïevsky car Tanya est ici considérée comme une simplette. Son talent - thème qui traversera l'oeuvre de Panfilov, dont ce film est le premier long métrage - s'exprime dans un art naïf, très touchant, que Panlifov filme longuement, comme des inserts dans l'action.
Autre scène remarquable, celle où les soldats défilent. La caméra balaie les troupes, y revenant avec insistance, conférant à la scène une grande force. Anatoli finit par décider de les rejoindre, au grand dam de l'équipe médicale.
Bon. On est quand même loin du sublime Quand passent les cigognes. Mais dès ce premier film, Panfilov, fort aidé par sa muse (et aussi par Mikhaïl Kononov, qui joue Alyocha), réussit tout de même quelques superbes scènes. Bien envie d'en voir plus de ce cinéaste.
7,5