Le premier film de Ken Loach est un portrait de jeune femme, laquelle n'est pas précisément une figure modèle. Mère à 18 ans, par accident probablement, Joy montre un certaine complaisance pour l'argent facile et les petits voyous qu'elle fréquente et auxquels elle tourne le dos assez vite. Joy n'est ni très méritante ni très digne.
Loach filme une jeune femme dont l'inconséquence et l' "immoralité" sont avant tout le produit de son immaturité. En cela, Joy, au comportement puéril et parfois agaçant, ne mérite pas, suivant la générosité qui ne se démentira jamais chez le cinéaste, qu'on la juge sans empathie. Le portrait psychologique est celui d'une gamine incapable d'envisager l'avenir et encore moins d'analyser son existence, obéissant à des désirs pressants et primaires. Et son absence d'une quelconque ambition la maintient dans sa classe sociale.
Si Joy ne subit pas directement, comme d'autre personnages de Loach, le poids de la société anglaise, elle est tout de même le reflet d'une classe populaire condamnée à sa condition.
Les thèmes sociaux et humains et le style de Loach s'annoncent dès ce premier film; mais, à l'évidence, il ne maitrise pas encore sa mise en scène. Essentiellement parce que son regard naturaliste ne sait pas toujours nous convaincre, sur un plan émotionnel notamment, du malheur de son héroïne. Des séquences semblent trop longues, trop évidentes ou trop anodines.