C'est un bon film. Mais pas totalement abouti.


Le film est, comporte de bonnes scènes et l'auteur joue plutôt bien de ses situations et personnages, notamment la façon dont le héros se retrouve de plus en plus (c'est presque Kafkaïen, manquait plus que le copain le laisse tomber). L'intrigue comporte tout de même quelques coups de mou, l'impression que ça n'avance pas assez vite ou qu'on répète les mêmes constats par moment. Le moment où la jeune fille comprend sa méprise (il est gay) est brillamment montré ; par contre la scène d'excuses n'était pas nécessaire, on dirait que c'est plus pour ne pas rendre ce personnage haïssable, ou montrer que les victimes ne mentent pas et que par conséquent, une fois qu'elle a compris qu'elle n'était pas victime, elle se devait de le dire au moins à son prof puisque sa famille ne veut pas en savoir plus). Il y a des petites incohérences, comme par exemple, le prof qui ne retourne pas voir la police plus tard, alors que le mec de la fille continue de le harceler, le fait que le directeur ne propose pas au professeur de changer de groupe classe, ça serait logique car comment continuer à donner cours à une élève qui a porté plainte contre lui ; et puis surtout, il y a cette classe dont la présentation ne correspond pas du tout à la suite.


Oui, bien sûr, le plus chouette des élèves peut un jour planter son prof dans le dos (littéralement ou métaphoriquement) parce que les élèves ont l'âge de se rebeller, de faire des conneries, de ne pas réfléchir. Mais là quand même, on nous présente une classe capable de suivre un prof qui parle vieille littérature, avec un texte très imagé et un rapport à la séduction qui pourra paraître vieillot pour les gosses. Ils suivent. Certains s'endorent, le prof n'a qu'à dire doucement de se reconcentrer et l'élève s'applique. Une classe capable d'une telle prouesse, j'ai du mal à croire qu'elle puisse se montrer aussi insolente quand ils découvrent que le prof est gay. En plus une classe est toujours une micro société, et comme dans toute société, il y aura toujours un dissident, quelqu'un qui soutiendra le prof jusqu'au bout dans ce cas-ci puisque le groupe entier se lie contre lui. Y en a bien un qui le défend un peu au début, et je pensais même qu'ils allaient exploiter leur relation après la découverte de l'homosexualité, mais même pas, par contre il ne soutient plus son prof. Il y a ces moments où le héros se rebellent, prend le taureau par les cornes et défoncent ses élèves, toujours en réussissant à montrer une pointe de bienveillance (la critique reste constructive), ça fonctionne assez bien et ça arrive au bon moment. Et pour terminer, il y a cette fin qui laisse un goût d'inachevé. Une fin ouverte, oui pourquoi pas, mais quelque chose doit être résolu, on doit avoir l'impression d'avoir fait le bout du chemin. Là, avec cette fin, on ne sait pas si le personnage a enfin compris quelque chose (qu'il devrait prendre une pause comme on le lui suggère depuis le début) ou s'il va continuer jusqu'à commettre l'irréparable (un suicide comme il le dit cyniquement dans une très bonne scène). En tous cas il manque quelque chose.


La mise en scène est efficace : filmé sobrement, le réalisateur parvient à transmettre la peur, la parano du personnage, grâce à un découpage bien pensé (plans rapprochés quand il faut) et à un acteur principale excellent. Le montage comporte quelques ventres mous (mais c'est aussi la faute au scénario) mais est globalement bien rythmé. Le décor est convaincant. L'horaire du prof est crédible aussi ; on ne reste qu'avec une classe, mais on devine qu'il en a d'autres ; il aurait été intéressant de le voir avec un ou deux autres groupes, voir quelles sont les réactions de ces élèves ; on a celles des élèves de la cour, mais il manque vraiment les autres groupes dont il s'occupe.


Bref, chouette film mais qui aurait pu être mieux.

Fatpooper
7
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le 1 juil. 2024

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Fatpooper

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