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Like a Hobo
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André Øvredal est de ces réalisateurs qu'on associe, depuis Trollhunter et The Autopsy of Jane Doe, à un cinéaste de studio qui sait où (avec plus ou moins avec succès, voire son stricte opposé) placer sa caméra pour faire peur, même quand le matériau qu'on lui confie ne le mérite pas toujours. Ici, Passenger suit Tyler (Jacob Scipio) et Maddie (Lou Llobell), jeune couple qui a quitté son appartement de Brooklyn pour embrasser le fantasme contemporain du van life avant de croiser, lors d'un accident nocturne, le fantôme décrépit d'un auto-stoppeur mort depuis longtemps, qui va désormais s'accrocher à eux où qu'ils aillent. Le film promet une "réinvention" (du moins, l'espère-t-on) du survival horror routier à l'aune d'un mode de vie nomade en pleine expansion culturelle.
Cependant, il y a d'abord un renoncement qui structure toute la déception qui suit. Le van life, tel qu'il est filmé ici, n'est jamais interrogé comme sujet — il n'est qu'un décor, un skin esthétique emprunté à une décennie de contenu Instagram glorifiant la vie nomade, plaqué sur un mécanisme de chasse au fantôme parfaitement classique. C'est une occasion manquée d'autant plus agaçante que le matériau attendait sagement d'être ramassé : l'isolement comme vulnérabilité, l'absence d'ancrage social comme terrain de chasse idéal pour un prédateur surnaturel, la précarité économique maquillée en liberté choisie ou mille autres choses.
Cette timidité thématique se double d'un problème de fond plus grave encore, qui touche cette fois au contrat le plus élémentaire du genre horrifique : la cohérence des règles internes régissant la menace. Un antagoniste surnaturel a besoin d'un système stable pour que la peur qu'il inspire reste intelligible, pour que le spectateur puisse anticiper, redouter, comprendre les enjeux d'une décision prise par les protagonistes à l'écran. Ici, la nature et les capacités du Passager deviennent de plus en plus floues à mesure que le film avance. Cette confusion signale que le film lui-même ne sait pas ce qu'est réellement sa menace, et qu'il ne peut donc jamais construire une peur qui reposerait sur une compréhension partagée avec son public, condition pourtant aussi minimale que de savoir dans quel sens tenir un volant.
Ce flou généralisé trouve son incarnation la plus regrettable dans le design même de l'antagoniste, dont la surexposition numérique tue méthodiquement toute l'ambiguïté qu'un tel personnage aurait dû conserver. La créature, comme l'a résumé avec une cruauté toute méritée la critique américaine, ressemble à un Alice Cooper sévèrement déshydraté. Or plus on montre un monstre frontalement et fréquemment, moins il reste terrifiant, puisque la peur se nourrit avant tout de ce que l'esprit du spectateur complète lui-même dans l'ombre laissée vacante.
Cette dilution touche la narration : narrativement, Passenger est catastrophique, et le worldbuilding qu'on y déploie l'est tout autant. La mythologie censée justifier l'existence du Passager repose sur un « Hobo Code » que Maddie découvre en épluchant des forums en ligne ou un magasin (je sais plus) — l'équivalent narratif de googler le Wikipédia du monstre entre deux attaques, ce qui n'a jamais fait vibrer personne. Le film a d'ailleurs si peu confiance dans sa propre légende qu'il convoque, comme le veut la tradition la plus paresseuse du genre, une nomade "ressource" providentielle croisée dans une communauté itinérante chargé d'expliciter les règles par une tirade d'exposition.
Si je veux être de bonne foi, Il faudrait que je reconnaisse au milieu de ce naufrage, le bon usage des caméras de recul et des moniteurs embarqués du van, transformant la technologie de sécurité routière contemporaine en dispositif de surveillance retourné contre ses propres utilisateurs. Mais le film ne l'exploite que le temps d'un acte donc c'est on s'en fout.
Tout comme le film d'ailleurs.
Créée
le 12 juil. 2026
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