Ce film, c'est un peu comme si un élève plutôt doué passait une épreuve de français, rédigeait convenablement chaque partie du contrôle, mais qui au dernier son de cloche se mettait à saboter son boulot en inversant chaque copie double et chaque question.
Si vous avez comme ambition de travailler dans le montage vidéo, ce film est une parfaite étude de fin d'année, tant il serait possible d'en faire quelque chose de propre et intensif, et surtout d'y incorporer une dose de twists émotionnels assez dingues.
Et pour expliquer convenablement mes dires, je vous annonce que vous allez entrer dans une zone de spoilers ! Prêt ?
D'abord la synthèse du film :
Dans Passengers, on suit un vaisseau de 5000 personnes qui a pour destination une nouvelle planète, offrant aux passagers une nouvelle vie, et de nouveaux espoirs.
Ce voyage contraint les passagers à une hibernation de 120 ans (avec au passage une scène assez bien vu d'une Jennifer Lawrence devant une vidéo d'adieu de ces amis, qui sont conscients de leur propre mort lorsqu'elle sera arrivé à destination. Une scène relativement poignante dans les faits qui rappelle Aliens et l'annonce de la mort de la fille de Ripley)
Cependant, une erreur de système entraîne le réveil prématuré de Jim, 90 ans avant son arrivée. Pendant une année entière, Jim va tenter tant bien que mal de passer en hibernation, de réparer sa cabine, de contacter la Terre, avec pour seule compagnie et confident un robot serveur de bar (grand hommage à Shining)
Il en vient à être attirer par une passagère endormie, et finit après de nombreuses hésitations à la réveiller.
S'en suit alors une histoire d'amour fondée sur un mensonge, et la scène fatidique de la vérité.
Le film finit par un dénouement Hollywoodien classique, ou Chris Pratt sauve le vaisseau de ces multiples défaillances, Jennifer Lawrence sauve le bonhomme d'une façon assez téléphoné, permettant de finir en happy end pour les deux protagonistes, qui finiront leur jour dans le vaisseau, amoureux comme jamais.
Maintenant mon point de vue :
Le souci majeur vient du manque d'émotions et d'investissement du spectateur, du au montage.
Le fait de savoir que Jim ait volontairement réveillé Aurora est une erreur absurde.
Pour ma part, le film aurait du commencer par une séquence ou l'on voit les 2 personnages se réveillait simultanément, laissant croire au spectateur que cela se passe au même moment.
Puis s'en suit leur rencontre et leur histoire d'amour.
Le réalisateur aurait ici pu joué sur les jeux de regard et de situations, comme Scorcese l'a si brillamment fait dans Shutter Island (cela aurait fait perdurer le film par une seconde lecture).
Le milieu du film porterait alors sur la scène de Aurora qui apprend toute la vérité de la part du robot, laissant le spectateur savourer le twist et voir le personnage de Jim d'un autre angle.
La dernière moitié du film aurait dévoilé toute la partie de solitude de Jim, de son réveil à sa décision de réveiller Aurora, pour enchaîner sur un final à la Shining d'un Chris Pratt instable et violent, ou au contraire d'un Chris Pratt sensible et désespéré.
La fin du film aurait pu finir beaucoup plus tragiquement, avec un Chris Pratt qui se sacrifie ou qui de part sa folie se fait tuer par une Aurora en panique, qui pourrait réussir à repasser en hibernation, Hollywood oblige.
Cette mauvaise gestion du scénario rend pour moi le film passable, lui octroyant à peine la moyenne ...
Gros gâchis donc.