Proposer à une personne de former un couple durable, c'est toujours lui demander de sacrifier ce que sa vie aurait pu être sans, et probablement avec quelque part d'elle même, sans autre excuse que des sentiments. Et celui ou celle qui en a pris l'initiative, finissant par parvenir à convaincre en la matière, par quoi était il motivé sinon par un désir égoïste de favoriser son propre bonheur ? Pourtant quoi d'autre que l'amour pour sortir les individus de leur éternelle solitude.
C'est ça que Passengers me semble essayer d'exprimer à travers une parabole construite à partir d'emprunts à Philip K.Dick (plus que d'être réellement une adaptation de The Frozen Journey, nouvelle qui part dans une direction complètement différente), où un homme condamné à une éternelle solitude par une erreur de cryogénie lors d'un voyage spatial réveillera la femme de ses rêves pour la partager avec lui, la condamnant à partager son sort. En faisant, si on parvient à oublier ses défauts, un film d'amour, ou sur le couple en particulier, à la problématique particulièrement universelle (comme les autres qu'il évoque, comme celle du mensonge en son sein).
En parlant de ces derniers, il est inévitable de mentionner ce que la critique (sans toujours le dire explicitement) reprocha le plus à ce film, que ce soit un protagoniste homme qui réveille la femme, et qu'en plus cet homme et cette femme (tous deux évidemment séduisants) correspondent plutôt à des stéréotypes très genrés. L'homme plutôt manuel et terre à terre, la femme intellectuelle et idéaliste mais peu débrouillarde. Si Morten Tyldum avait songé à inverser les rôles ou au moins donner à ses personnages des personnalités un peu moins reliées à ces stéréotypes, il aurait sans doute pu éviter à son film de se faire largement laminer par une critique y voyant l'occasion d'affirmer sa vertu féministe (et de se réclamer du consentement même dans un contexte rendant impossible sa demande, dans la tradition des critiques postmodernes des contes merveilleux).
Peut-être aurait il dû aussi limiter certains aspects du récit l'éloignant de la fable, Le réveil d'un troisième personnage, par exemple, qui n'est là que pour faire de l'exposition pseudo-scientifique avant de disparaitre, sans qu'on puisse lui trouver de rôle dans la parabole évoquée plus haut (un vague ami du couple ?).
Et plus généralement alors que son idée de base lui aurait permis de postuler pour devenir une comédie romantique culte (ou un quasi drame romantique plutôt dans son cas) comme disons Groundhog Day en son temps, car portant une certaine réflexion sur l'existence et l'amour, Passengers fait trop d'efforts pour aussi se situer sur le créneau de la science-fiction, à la fois spectaculaire et pleine de références pseudo-scientifiques, pour que son aspect ode critique au couple en ressorte vraiment.
A l'arrivée ça reste un film pas inintéressant, avec des personnages qui savent se montrer touchants et séduisants et le minimum d'action et de rebondissements pour qu'on ne s'y ennuie pas malgré la prévisibilité de l'ensemble. Plutôt plaisant à regarder (enfin au moins pour qui parvient à ignorer les défauts évoqués plus haut), mais qui n'arrive pas vraiment à être plus que ça.