Vivre, jouer un rôle, filmer

C'est un film sur Alain Cavalier, réalisateur reconnu mais un peu oublié et qui, déjà bien entré dans la vieillesse, commence à penser au grand départ... et sur Vincent Lindon, acteur que Cavalier ne connaît pas bien au début du film et qu'il découvre durant le tournage, lequel est prévu pour s'étirer d'avril à décembre 2009.
C'est une sorte de documentaire et de réflexion sur eux deux, ainsi que sur le jeu de rôles qu'ils interprètent, Alain Cavalier se mettant dans la peau du Président de la République Française et Vincent Lindon dans celle de son Premier Ministre. On est à mi-chemin entre une Présidence façon Mitterand et Ubu-roi. Alain Cavalier est très distancié par rapport à son rôle de Président de la République ; il fait dans l'humour, l'ironie légère, la nostalgie. Vincent Lindon se prend davantage au jeu, entre davantage dans la peau du Premier Ministre et fait des propositions politiques mûrement réfléchies cherchant à améliorer les choses du point de vue social (l'idée principale étant d'imposer un plafond pour les plus gros salaires de l'entreprise, une mesure qui serait l'inverse du SMIG).
C'est filmé par une équipe réduite à peu de personnes, le plus souvent dans l'appartement de l'un ou de l'autre des deux personnages principaux, si bien qu'on en apprend quand même pas mal sur les conditions de vie et les moyens d'existence du réalisateur et de l'acteur.
On évolue dans un milieu "gauche caviar", entre Denfert-Rochereau et la place Saint-Sulpice, l'appartement de Lindon donnant directement sur la place (pour les non-Parisiens, Saint-Sulpice est une place à la fois branchée et hyper bon genre du 6ème arrondissement). À un moment, on découvre le dressing de l'acteur, une grande pièce en long, remplie d'étagères, de placards et autres penderies, tout ça regorgeant d'une incroyable quantité de paires de chaussures (genre Church's, Weston, Loeb...), d'une profusion de pulls, chemises, polos, pantalons, vestes, etc. Les repas partagés par Cavalier et Lindon sont toujours très soignés, souvent à base de conserves de luxe. Ils peuvent manger du hareng fumé mais il viendra forcément de chez Fauchon, etc.
Le film est tourné sur le vif, caméra sur l'épaule. On le voit presque se faire devant nous. Et on a la (fausse) impression que ça n'est pas si sorcier que ça de faire un film, tant tout ça paraît naturel, tourné sans script ni dialogue longuement étudié et formalisé, ni appareillage technique coûteux et sophistiqué.
C'est intéressant. Et assez émouvant : payant de leur personne, Cavalier et Lindon nous livrent (avec pudeur) une part d'eux-mêmes.
Ainsi, on devine que Cavalier vit assez seul, en compagnie de sa chatte et dans la perspective d'une vieillesse s'appesantissant sur ses épaules : "Un jour, je ne serai plus capable de monter l'escalier" (celui qui mène à sa chambre) nous confie-t-il, etc.
Le film est si intimiste, si dépouillé d'effets, si près des gens filmés, si naturel qu'on a presque l'impression d'un long documentaire sur des acteurs dans leur vie de tous les jours, et aussi en train de la gagner en jouant et filmant.

Fleming
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le 1 mai 2023

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