J'avais un peu peur de le lancer vu les déceptions récentes suite aux visionnages de plusieurs films récents bien reçus par la critique. Et bien pour une fois, je suis d'accord. Et comme j'ai toujours raison...
Le récit est assez simple, l'auteur se plaît surtout à multiplier les situations. Cette relecture de Frankenstein est assez plaisante, et la féminisation du personnage passe super bien. En fait, dans beaucoup de films récents, il y a un aspect féministe très appuyé mais qui ne paraît pas tellement naturel et qui est surtout précisé, comme pour être sûr que le public doit bien comprendre que c'est pas bien de dénigrer les femmes. Ici, l'auteur se contente d'exploiter son personnage féminin dans un univers qui se révèle très machiste, l'apprentissage sexuel de son héroïne sert surtout à pointer du doigt les dérives du patriarcat, mais sans perdre la saveur des situations, des personnages, qui sont tous très bien écrits. Et surtout, on sent que, salauds, ordures, ou innocents, l'auteur aime ses personnages, les respecte. C'est drôle, c'est dramatique, c'est philosophique. C'est sans doute trop long alors que l'auteur s'intéresse surtout à la sexualité ; une telle durée aurait dû permettre à l'auteur d'être un peu plus ambitieux et toucher à d'autres thèmes, une vraie odyssée humaine quoi. Evidemment, ça aurait été plus casse-gueule, mais s'il ne fallait s'intéresser qu'à la sexualité et le patriarcat, il aurait mieux valu réduire la longueur du long-métrage.
La mise en scène est assez plaisante. Les premiers fish eyes m'ont un peu rebuté, je les ai trouvés gratuits, puis ça se justifie un peu plus par les mouvements des personnages et de la caméra, par rapport au ton. Ce que l'on retiendra surtout, c'est le superbe travail sur les costumes, décors. Le montage est bien rythmé, malgré la durée excessive du film, pas un seul plan n'est inutile ou inutilement long. Les acteurs délivrent de très bonnes performances, ça fait du bien de voir Ruffalo dans un tel rôle d'ailleurs. Et puis il y a Emma Stone qui est assez incroyable, surtout dans le premier tiers lorsque son personnage a l'intelligence d'un bébé puis d'un enfant. D'ailleurs on ne ressent pas assez la progression de son intelligence, on a l'impression qu'elle passe d'un stade à l'autre par à coups. La belle n'hésite pas à se dénuder entièrement ; je ne l'imaginais pas si menue mais le plus intéressant dans cette nudité, c'est que, malgré les scènes de sexe, le réalisateur n'érotise pas son corps qui reste assez commun : on y voit les plis, les seins qui pendent, le ventre qui se tortille dans une chorégraphie naturelle et non pornographique ; en fait c'est assez rare dans un film Hollywoodien de filmer les corps ainsi, sans filtre, sans tricherie, sans essayer d'envoyer du rêve. Enfin, la BO est chouette et les effets numériques fonctionnent plutôt bien (ça rappelle un peu le monde de Gilliam à ses débuts).
Bref, très chouette film, mon préféré de ce réalisateur pour l'instant (de quoi presque me donner envie de revoir ses anciens films mais j'ai un peu la flemme de devoir les retrouver).