Prix du public du Festival des Arcs, Peacock de Bernhard Wenger réagit sans être réac’ à la manufacture de soi dans une société de plus en plus superficielle.
Être ou ne pas être ? Pour Matthias (Albrecht Schuch), telle n’est pas la question. Employé d’une agence de location d’amis, il joue les rôles qu’on lui demande d’endosser. Pas de meilleure vocation professionnelle, pour celui qui ne sait pas qui il est : de quoi fermer le clapet de ceux qui vous parlent de leur métier-passion. Avec Peacock, Bernhard Wenger filme une solitude qui s’engouffre dans les retranchements du soi manufacturé.
Acteur au bord de la crise de nerf
Il faut le dire, Matthias a cette bonne bouille qui inspire la sympathie. Tenues minimalistes, cheveux peignés en arrière et moustache bien brossée : un look passe-partout, qui pourrait reléguer au second plan le plus charismatique des protagonistes. Protagoniste, Matthias ne l’est pas dans sa propre vie. Jusque dans l’intimité de son couple, il s’efface derrière l’image de lui-même qu’il élabore pour les autres.
Dans Peacock, la vie devient un théâtre, et les relations une performance. Un tel jeu n’est pas exutoire : il maintient les apparences sans résoudre ce que celles-ci cherchent à cacher. Le film culmine alors dans cette scène finale, où Matthias et ses collègues se font passer pour l’entourage familial d’un riche fortuné en quête de pouvoir. Faire la fierté des parents, la jalousie des cousins, l’admiration des oncles et des tantes… le foyer le plus naturel de tous se découvre comme un terrain privilégié de la mise en scène de soi.
On pourrait se fatiguer du stéréotype de l’acteur qui continue de jouer un rôle quand il n’est pas sur les planches. Mais l’on se reconnaît aussi, quelque peu, dans le personnage de Matthias, dans son indécision et son conformisme compulsif. Sa maison, aux allures de showroom Ikea, est l’appendice d’une personnalité polie sous l’effluve d’attentes extérieures. La rugueuse authenticité ne fait plus bon vivre.
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